06 novembre 2009

Gronde, gronde et tonne
Souffle, souffle et rage
La douleur ancrée au fond
De tes feulements glacials

Féline nuit désunie, démunie
Ton chaos nappe le ciel
De rubans célestes, funestes
D’où s’écoulent des torrents

Gronde, gronde et tonne
Et souffle, et rage, et crache
Triste nuit emportée
Par la mélancolie de novembre

Tu décimes les rêves
De ta violence, de ta colère
Si amère

Et puis doucement
Tu t’endors.

19 octobre 2009

L'amertume à tes lèvres closes
À quoi bon les larmes déjà versées
Et les sanglots épuisés
Épuisants.

À quoi bon.

L'odeur du déni t'enveloppe
Tu la respires comme une fleur fanée
Son âcreté t'effleure à peine
Sans peine.

À quoi bon.

Tu fermes les yeux
Comme on ferme son âme
Tu reconstruis les barricades
T'enfermes.

Et l'amertume au fond de la gorge
Tu avales la douleur qui étrangle
En vain.

À quoi bon.

01 octobre 2009

Comme il en faudrait des océans de pardons pour tout reconstruire. Des mers de caresses pour rapprocher les berges, doucement. Des mots doux à peine soufflés pour réveiller les vagues et lancer leurs ébats d'une berge à l'autre.

Comme il en faudrait des excuses pour rapiécier nos continents sans tout piétiner. Oh, des milliers de mots, des millions. Des mots-papillons à projeter dans l'air frais des aubes transparentes. Des mots faits de brises pour réchauffer les soirées d'automne. À peine.

Comme il en faudrait du temps pour rebâtir le monde. Tant de temps, tu ne trouves pas? Tant de temps qu'une si petite bombe a su ravager en une miliseconde.

Des siècles à tout refaire. À coups de pardons, de caresses. À coups de passion qu'on rallume à la pierre. À coups de nuits impossibles que l'on dépouille de larmes.

Tant de temps pour pardonner.
Si peu de temps pour s'effondrer.

Tu ne trouves pas?

20 septembre 2009

Le vent frais d’automne
Sur notre peau si frêle
Et tes larmes qui détonnent
Sur cette triste aquarelle

Tu m’as dit que les trains
Ne revenaient jamais
Qu’à tout vent ils semaient
La fuite des lendemains
Tu m’as dit que les départs
N’étaient que des adieux
Sur des bancs de bois miteux
Au bout des tristes gares

La terre tremble et gronde
Le fer grince, gémit, se tord
Je m’accroche au vide, au monde
Je laisse s’effacer le décor

Tu m’as dit que les chemins de fer
Serpentaient jusqu’à l’infini
Au cœur des contrées désunies
Vers les plaines amères
Tu m’as dit que les monstres de métal
Hurlaient aux quatre vents
Au bout de leur élan
Sous le ciel d’éclats opales.

L’automne sur nos corps enlacés
Au bout des lèvres, l’adieu
Et le train surchauffé, délaissé
Attends l’un de nous deux.

14 septembre 2009

Et tu reviens. Sans cesse.

Chaque fois, tu brises le silence de tes absences que j'espère éternelles. Tu reviens bousculer ma vie de tes grands mots vides. Ceux que tu ne prononçais jamais, avant. Ceux que j'aurais tant aimé connaître en grandissant.

Tes mots-mensonges que tu ne comprends peut-être pas.

Tu te faufiles entre mes barrières et mes refus. Tu te frayes un chemin jusqu'à moi, coûte que coûte. Tu me supplies d'oublier, sans vraiment le dire. Sans vraiment le penser. Je t'entends crier dans tes non-dits qu'il faut recommencer.

Mais je ne peux pas.

Je ne peux trahir l'enfant que tu as brisée. Celle qui se cache en moi, toujours effrayée, toujours paniquée. Blessée. Je ne peux oublier toute la violence qui fait encore écho dans chaque parcelle de mon corps. Je ne peux accepter les cicatrices que tu as laissées sur mon être. Si profondes. Si douloureuses. Celles qui ne guériront jamais.

Et tu reviens. Sans cesse. Malgré tout.

Je suis triste pour toi.
Mais l'enfant sauvage en moi est pétrifiée de te revoir.

Je suis triste pour toi.
Mais l'enfant que tu as maltraîtée ne pardonne pas.

04 septembre 2009

Les mots sont des ancres dans mon existence qui chavire.

Mon navire en détresse tangue sur la mer du chaos, des vagues géantes engouffrent petit à petit ce qu’il reste de mes rêves et de mes désirs. Je les regarde sombrer dans la froideur d’une mer sans compassion. À quoi bon les bouées pour secourir les morceaux éparpillés de mon être si elles ne sauront tout récupérer.

Je ne trouve plus mon ancre.

Mes doigts agrippés à la rambarde, je ne peux lâcher prise. Je ne peux pas écrire pour sauver ma peau, je ne trouve plus les mots qui se créent d’eux-mêmes, je ne les sens plus naître en moi comme des papillons, je ne les reconnais plus dans le vortex de ma vie qui m’échappe.

Je croyais jadis que je n’appartenais pas au monde. Aujourd’hui, je réalise mon erreur. J’y appartenais bien. Avant.

Les mots, mes chers mots que je cajolais si souvent, que je caressais sans cesse à toute heure du jour pour me réconforter, pour projeter mon être dans l’existence qui ne fait que glisser, de plus en plus vite, tout autour de moi. Entre mes mains, mes cheveux. Sous mes pieds.

Je n’appartiens plus à aucun monde sans mes mots.

Mes mots, mes ancres, je les ai perdus. Je les cherche, paniquée, au fond des eaux qui m’ensevelissent petit à petit. Je ne tente plus de colmater les fuites, je regarde ahurie le néant qui se cache sous l’océan sans comprendre pourquoi, ni comment.

Je chavire dans la tempête de la vie, abandonnée et vide, et je suis terrifiée.

Je crains que l’inexistence ne m’avale.

23 août 2009

Au fil du temps, des parcelles de ma vie s’évadent. S’envolent. Des morceaux de mon être en cavale franchissent les murs de mon existence, quittent sans crier gare. Ils se glissent entre les ombres, la nuit, dans tous ces chemins étrangers que j’emprunte. Ils s’échappent dans les soupirs que je jette aux quatre vents. Ils s’évaporent avec la rosée des matins que je ne vois plus.

J’ai l’âme en morceaux, l’âme dépecée. J’ai l’âme dérobée, l’être secoué.

Je me cherche dans ce que je ne suis plus. Dans les trous qu’ont laissé les miettes de mon être perdu. Dans les rêves cachés au milieu des vieux clichés de mon enfance. Dans les attentes que j’ai glissées entre les millions de mots que j’ai écrits.

J’ai l’âme envolée, rapiécée. L’âme crevassée. L’être kidnappé.

Et je ne sais plus où me retrouver.

17 août 2009

Une bouteille à la mer vogue, vogue sur les vagues.

Minuscule navire d’un vert terne, sali, elle se berce dans les eaux endormies.

Une bouteille à la mer flotte, et en son ventre un papier de nacre étincelle sous la saleté. Un message-enfant au creux du ventre-déchet, une esquisse de sourire dans la misère du monde, dans le désert qu’ont formé nos espoirs perdus.

Une bouteille à la mer tangue tout près des rivages, hésite, se replie sans cesse. Un message aux saveurs de rêve qui ne sait plus comment amarrer. Son ancre a disparu, et son encre menace de couler. Jusqu’au fond de la mer.

Une bouteille à la mer, inaccessible. Au beau milieu de l’eau, perdue dans les doux remous, dans cette mélancolique mélodie que lui chantent les vagues. Un message s’efface.

Un espoir de plus se meurt.

Et une bouteille à la mer danse sa valse finale.

Puis capitule.

13 août 2009

Ici, ton Univers.

Et moi, qui y habite sans vraiment y croire. Et moi, qui y vis dans le brouillard. J'ai ouvert la porte et j'y suis tombée. Et je tombe, je tombe sans m'accrocher. Je te suis jusqu'à l'aurore, jusqu'à la nuit. Je te suis chaque minute, je te regarde construire ton monde autour de nous. J'effleure tes créations, et je tente de m'en inspirer. Créer un peu de moi dans les recoins de ta vie.

Toi, le centre de l'Univers.

Et sans toi, plus rien ici n'existe. Sans toi, ici, c'est le néant. Parfois j'imagine cet endroit sans toi, une nuit sans fin qui n'en finit plus de tourbillonner. Sans toi, existerait-il, cet Univers? Sans toi, y aurait-il donc un trou noir en ces lieux?

Je ne sais plus comment je suis arrivée ici. Un clin d'oeil a suffit pour me projeter dans tes bras. De mon Univers au tien, un seul battement de coeur. Y a-t-il un chemin qui relie les deux? Saurais-je le retrouver si un jour tu disparais?

J'ai peur parfois que mon monde soit mort la seconde où je l'ai quitté. Sans attache, ni passé. Sans ancre, ni repère. Que ferais-je donc, sans toi?

Sans toi, où serait mon Univers?

10 août 2009

J’ai dans les bras une solitude
Une solitude blanche comme l’effroi
Et je la berce en chantonnant
Des comptines pleines de tristesse.

J’ai dans la peau une lassitude
Une lassitude lente comme la nuit
Et je la caresse en murmurant
Des mots emplis de tendresse.

J’ai dans les yeux une mélancolie
Une mélancolie grise comme la cendre
Et je la cajole en fredonnant
Des paroles gorgées de sagesse.

J’ai dans le cœur une douleur
Une douleur sourde comme la vie
Et je l’étreins en sanglotant
Qu’un jour viendra mon tour.

09 août 2009

J’ai laissé l’ouragan balayer nos souvenirs, repousser le désir et assécher l’effroi.

J’ai aperçu nos corps dans la plaine, sans vie. Et des tornades à notre peau dénudée, des tempêtes de vide dans nos yeux délavés, nos pupilles épuisées. Nos âmes-fantômes enfouies sous les fleurs sauvages qui ne repousseront jamais. J’ai compris.

J’ai laissé le vent soulever nos cœurs, éteindre le brasier et dépoussiérer l’ennui.

J’ai fait nos valises en silence. Chacune sa destination, chacune vers des chemins qui ne se croiseront plus. J’ai déposé dans la tienne un peu de ma tristesse, juste un peu, pour accompagner les adieux que nous ne dirons pas. Je savais.

J’ai laissé la brise effacer la colère, refroidir l’ardeur et délester le chagrin.

J’ai fermé les yeux pour ne plus nous revoir, pour ne plus sentir nos corps enlacés dans la pénombre, geste tant de fois répété et soudain si vide de sens. Nos existences fracassées aux blessures si vives, tout à coup. Si vivantes. La cassure comme une entaille, un gouffre dans la chair du monde. Et nous deux, de chaque côté.

J’ai laissé mon souffle effleurer ton visage, amollir l’envie et repousser les larmes.

Et un seul sanglot a suffit pour tout ravaler.

05 août 2009

Au bord du gouffre, j'attends que des ailes me poussent.

Une ou deux plumes à peine. Assez pour planer quelques instants.

Et puis tomber.
Sans cesse.
À l'infini.

Vers l'incertain.

03 août 2009

Tu cherches les jours qui se cachent sous les nuits. Au fond des coffres de ton enfance, tu ne trouves que des lambeaux de ta vie. Des casse-tête incomplets aux morceaux démesurés, délavés. Découpés. Des peluches sans yeux qui pleurent l’ennui. Des morceaux de tristesse que tu voudrais oublier.

Tu cherches toujours à tracer les limites. Tu pousses l’existence jusqu’au bord des ravins. Tu tentes de sauter de gratte-ciel en gratte-ciel, de risquer ta peau dans les ruelles sombres et laides. Tu avale des couteaux et t’écorches la gorge. Et tout ça, sans savoir pourquoi tu ne te heurtes pas aux murs de la vie. Tu te dis que rien, non rien n’est hors limite.

Tu cherches l’Amour à cœur perdu. Celui auquel tu ne crois pas, mais espère sans retenue. Tu t’essouffles, pendu à la bouche de tes rencontres, tu te lances tout entier dans leurs bras bien croisés, tu voudrais qu’elles t’enveloppent, mais t’effondre devant leur refus.

Tu cherches dehors ce qui se trouve en toi. Tu cherches ton reflet dans les vitrines des boutiques. Tu veux percer ton âme dans les miroirs sales des stations de train. Tu voudrais parcourir le monde et visiter les lacs, les glaciers, tout ce qui te renvoie ton visage, bien que brouillé.

Tu cherches à savoir qui tu es. Mais te fais sourd devant la vérité.
Tu cherches celui que tu n’es pas, l’amertume plein la bouche, la détresse à ton corps dévasté. Tu sais que tu ne trouveras jamais.

Mais pourquoi ne pas apprivoiser celui que tu es?

20 juillet 2009

À nous l’amour et la mer.

L’amer.

À nous la solitude des gouffres.

Tu souffres.

À nous le vertige du monde trop petit.

Le dépit.

À nous la passion sans raison.

L’ascension.

À nous la tristesse des aubes qui se meurent.

Malheur.

À nous l’existence opaque que rien ne transperce.

Averse.

À nous l’insaisissable.

Inlassable.

L’enlaçable.

15 juillet 2009

La danse des mal-aimés

Les mal-aimés dans leur prison de chair se tiennent en silence devant la tempête.

Sans comprendre pourquoi.

Leurs yeux béants s’évadent jusqu’au bout du monde, vagabondent de regard en regard et cherchent une ancre où s’accrocher, une main tendue à agripper.

En vain.

Les mal-aimés ouvrent grand leurs bras, cherchent l’amour comme vous et moi. Cherchent l’autre qui les guidera, les complètera. Cherche la mère qui les réconfortera, l’ami qui ne les jugera pas. La place qui aurait dû leur être réservée dans ce monde, même au milieu de la tempête et du froid.

En vain.

Les mal-aimés perdus au milieu de l’existence se heurtent sans cesse au refus. Au fond des yeux qui se détournent. À coups de silences que seules leurs questions savent briser. À force d’ignorance feinte lorsqu’ils tentent de se rapprocher, lorsqu’ils tentent d’atteindre les aimés. De les toucher. D’être des leurs. Juste un peu. Juste une fois, pour faire semblant d’exister.

Les mal-aimés, si nous savions les écouter, au fin fond de leur prison de chair et devant la tempête, demanderaient simplement « Mais pourquoi? ».

Qui osera un jour leur répondre?

17 novembre 2008

Mes ailes atrophiées s’effritent sous le poids du silence, de l’oubli. L’impardonnable.

Ai-je donc succombé au néant de l’existence, vortex violent, puissant, qui avale tout sur son passage, aspire les êtres comme de vulgaires feuilles mortes. Le passage de l’être rêveur à l’être endormi. Le passage de l’homme accompli à l’homme désassemblé.

Désamorcé.

Ai-je donc abandonné le cœur même de mon être sur le chemin de la vie? Ai-je donc si naïvement échangé mes passions pour une vaine sécurité, un triste semblant de bien-être qui n’est au fond rien d’autre qu’une pure catatonie. Un cerveau surgelé, survolté, épuisé.

Décomposé.

Ai-je donc oublié les mots qui me berçaient autre fois? Ai-je donc abandonné leur douce lueur et leur poignante vérité, leur poison douloureux, et à la fois si bon, qui me gardait éveillée à toute heure du jour. De l’existence. Au milieu de mon être, entourée de mes fenêtres sur le monde. Avide de connaître, de comprendre. Assoiffée de cet état de conscience pure.

J’existais.

Suis-je donc devenue l’enfant ingrate de mes passions abandonnées? Celles qui m’ont tout donné, ont fait pousser mes ailes pour que je m’envole et que j’appartienne tout entière au monde. Sans regret.

Comment ai-je donc pu ne pas voir mes propres plumes se décomposer, et rejoindre la poussière de l’inconscience dans laquelle je m’enlise un peu plus, chaque jour.

Rendez-moi mes ailes.

09 octobre 2008

Les étoiles ont coulé, se sont mises à pleurer dans le ciel ténébreux, tout au bout de l'aurore. À peine une lune fatiguée pour s'éclairer. À peine un soleil ressuscité pour tout rallumer.

Les étoiles ont fondu sur la nuit épanouie. Sur nos têtes enfouies dans nos terreurs d'enfant. Sur nos corps tendus par nos angoisses d'adulte.

Nous avons observé l'aurore engloutir les étoiles pour déjeuner. Une à une, elles se sont éteintes. Sans faire de bruit. Pas un tintement de cristal, pas un froissement d'étoffe. Pas même un cri étouffé, ou une douce plainte féérique. J'aurais aimé qu'elles disparaissent en laissant derrière une mélodie.

Le requiem des astres de notre nuit.

Mais maintenant que le jour s'est levé, que nous reste-t-il? Des membres engourdis, un cœur affolé. Des sanglots accrochés au fond de nos gorges. Des tremblements de terre dans les paumes de nos mains. Des déserts brûlants à nos lèvres.

Et je me demande encore si la nuit, celle tout au fond de nous, est encore éternelle.

Comment fait-on pour allumer l'aurore au creux de nos âmes meurtries?

09 juillet 2008

Le silence de ma chair à tes oreilles sourdes, j’aperçois dans ton regard toute l’amertume du monde que tu caches en toi. Tes mains cherchent tout de même la morsure sur ma peau, l’ouverture où l’être que tu souhaites se cache. L’entrée béante qui saurait te mener jusqu’au fond de mon corps.

Tu ne trouves que ma peau. Ma fleur de peau.

Je parle les mots de mon cœur en espérant que tu m’entendes. Je cherche la fréquence parfaite qui pourra colmater les fissures du pont qui nous sépare, la nuit. Je t’offre mon corps, bien que fermé. Ma chair, bien que cachée. Je prie pour que tu saches un jour trouver la voie, la brisure pour la réparer. Je comprends ta tristesse, écho de la mienne.

La colère, elle, n’accompagne que moi. Moi et ma fleur de peau.

Tes doigts caressent ma peau comme un frisson. Une douce barrière que tu méprises, au fond, même si tu refuses de l’avouer. Un fossé sans fond où se perd le désir, s’enfonce l’espoir un peu plus, chaque fois.

Une fleur de peau.

Fanée.

06 juillet 2008

J’ai le cœur qui bat
Qui s’ébat, se débat
S’abat.

Le cœur écorché
Décroché, amoché.
Empêché.

Le cœur comme une prison
De déraison, de trahison
Un poison.

De mes mots oubliés
Liés et pliés
Humiliés.

De mes mots esseulés
Fêlés et mêlés
Soûlés.

De mes mots de silence
D’absence et d’innocence
Immenses.

Mon cœur comme un étau
Un marteau, un couteau

Sur mes mots.

Épuisés.

18 juin 2008

On m’a dit qu’un jour je te retrouverais.

Sous les étoiles endormies d’une nuit de novembre, entre les bourrasques violentes de l’hiver qui s’ébroue. On m’a dit que tu serais là, dans la noirceur sans bouger. Dans la dureté du froid, sans frissonner.

On m’a dit que ta douceur braverait le givre naissant au bord des chemins. On m’a dit que ta beauté repousserait les tempêtes qui menacent nos abris. Et que tu murmurerais une mélodie triste, si triste… d’une mélancolie passionnée qui frôle l’infini.

On m’a dit qu’un jour, tu me retrouverais.

On ne m’a pas dit quand ni comment, ni pourquoi. On m’a seulement dit que tes pas franchiraient les frontières sans hésiter, que la nuit te porterait jusqu’à moi comme une offrande, dans la grâce des mouvements allongés de l’automne qui s’échappe. Et que tu saurais où je suis, où je vais. Qui je suis.

On m’a dit qu’un jour, on se retrouverait.

Pour laisser couler nos rires cristallins dans la mer d’étoiles brillant sur nos têtes. Pour laisser nos paroles se dire à quel point le temps assassin a pu s’enfuir si vite, à quel point des années lumières ont tout dévasté, ont tout étouffé de leur forte poigne sur nos êtres. Jusqu’à notre amitié.

À quel point nous nous sommes manquées. Si longtemps.

Je t’attends.

26 mai 2008

On ne retrouvera que des lunes.

Des lunes perlées aux reflets amers, aux effluves ensanglantées qui demeureront muettes et sourdes, et effarées. Des lunes violées qui ne sauront parler la langue interdite des vérités, celles mêmes qui auront été enfouies dans les profondeurs d’un océan asséché. Des lunes effritées qui auront assisté à la fin de notre monde sans comprendre, sans savoir.

On ne retrouvera que des morceaux d’une lune, des milliers d’astres qui jadis ne formaient qu’un. Des poussières du passé si vite oublié.

Des poussières d’une Terre que personne n’aura su aimer.

Des milliers de lunes esseulées qui n’auront plus d’amant autour duquel tourner. Plus d’aimant pour les attirer. Plus d’amour à donner en tournoyant, en dansant tout autour jusqu’à la fin des temps.

On ne retrouvera que des lunes attristées qui ne diront jamais la tragédie d’une effroyable fin.

14 janvier 2008

Nous aimerons-nous jusqu'au bout

Jusqu'au bout des quais de glace

Qui dansent dans la tempête

Plongés dans des mers de lunes éclatées


Nous aimerons-nous jusqu'au bout

Jusqu'au bout des chemins d'émeraudes

Ceux qui scintillent même la nuit

Même à l'aube des noirceurs éternelles


Nous aimerons-nous jusqu'au bout

Jusqu'au bout des océans amers

Qui s'étirent à l'horizon

Jusqu'à disparaître au fond des astres


Invisibles.


Nous aimerons-nous jusqu'au bout

Jusqu'au bout de l'éternité

Lorsqu'il ne restera de nous que des poussières

Des sourires candides et des larmes séchées

Lorsqu'il n'existera plus que des os brisés

Des pas fragiles qui ne mèneront nulle part


Nous aimerons-nous encore, encore plus loin

Jusqu'au bout de l'infinité

Lorsque le temps se sera épuisé

Sur nos corps alanguis, impuissants

Nos mains enlacées comme des bouées

Devant le déluge du temps effacé


Nous aimerons-nous toujours, toujours

Jusqu'au bout de la fin

Quand il n'existera plus d'éternité

Plus d'infini aux éclats nacrés

Qu'un dernier souffle partagé

Une promesse de ne plus y croire

De laisser aller


Nous aimerons-nous encore, dis-moi

Nous aimerons-nous plus fort

Plus grand

Plus beau


Jusqu'à toujours, jusqu'à jamais

Jusqu'à la limite de l'amour

Parfait


Nous aimerons-nous jusqu'au bout

De nous


Dis-moi?

06 septembre 2007

Les mains de sang


Avec des mains comme les tiennes, toutes les courbes du monde se moulent à tes caresses. Tes grandes mains pleines de fins sillons qui s'éternisent au creux de tes paumes. Tes doigts épais, rugueux, sont pourtant si doux lorsqu'ils effleurent la peau blanche des femmes.

Ma peau blanche de femme.

Le train ballotte et moi avec. Le bruit monotone des roues de fer sur les rails me pousse lentement vers le sommeil, mais je n'arrive pas à effacer l'image de tes mains géante sur mes seins. Le contraste de ta peau brune sur la mienne translucide. tes caresses expertes qui dansent le tango sur mon corps. Suaves et lentes. Féroces. Des caresses que tu as dû répéter tant et tant de fois pour atteindre cette perfection...

Une plainte stridente perce mes tympans ; le train freine en hurlant de ses poumons de métal. Le conducteur annonce mon arrêt en crachotant dans les haut-parleurs. Ignorant les courbatures qui enflamment mon corps, j'abandonne le train à ses destinations futures.

Pendant un moment, j'hésite et souhaite remonter. Aller plus loin, peut-être ? Continuer jusqu'au bout du monde, fuir l'image de tes mains qui m'habitent, forgée à même mes os. Mais la Terre est ronde et le risque de revenir au point de départ efface toute envie de remonter à bord.

Recommencer à neuf.

Je parcours la foule parsemée du regard. J'aperçois aussitôt Marilyn et sa tête rousse. Elle me regarde sans sourire, le visage livide et triste. Elle s'approche, me serre dans ses bras sans un mot. J'avale tant bien que mal ma salive épaisse comme de la ouate. Pleurer serait une erreur.

On ne pleure pas pour deux pauvres mains. Même grandes, même sensuelles.

- Comment tu vas ?

-
Pas mal, toi ?

-
Ça va...

On regarde chacune nos souliers, un peu gênées. Les mots deviennent si difficiles à prononcer dans de telles situations. Ils s'accrochent aux cordes vocales comme des condamnés à mort, tombent parfois sur l'estomac et donnent envie de vomir. Peut-être vaut-il mieux les laisser là où ils sont. Bien enfoncé dans le cœur. Ils y font moins de dégâts que propulsés dans la réalité.

Après un café amer acheté à la station, Marilyn me guide à travers les petites rues de son village.

- C'est là que je fais mon épicerie. Les prix sont pas pires, tu vas voir. En plus, ils font une salade de patates vraiment bonne.

J'émets un sont incompréhensible qui veut presque dire "C'est bien" en espérant que Marilyn comprenne. Je tente de m'intéresse à sa visite guidée du cartier, mais je n'y arrive pas. Je fixe les mains des passants en cherchant les tiennes. Je ne vois que des petites mains frêles, des mains ridées qui se recroquevillent, des mains de squelettes, des mains trop grosses et maladroites.

- T'as pas de valises ?

-
Je suis partie trop vite. J'ai pas eu le temps.

Marilyn me regarde avec le même air profondément triste que plus tôt. J'avale ma salive de coton et examine avec attention les craques du trottoir. Elle pose sa main sur mon dos et dit :

- C'est pas grave, je vais te donner du linge. J'en ai ben trop de toute façon.

La chaleur de sa peau traverse mon chandail et me pénètre. J'imagine ta chaleur à toi, le poids de ta main contre mes omoplates. J'inspire profondément, esquive le geste de Marilyn.

Mes pas se font plus rapides. J'ai besoin d'une douche brûlante. J'ai besoin d'effacer les traces de tes mains contre mon corps. Débarrasser mes cheveux de ton odeur. Oublier tes caresses.

Des sables mouvants emplissent ma gorge. Je ne peux plus avaler.

******

- Tu peux rester aussi longtemps que tu veux, ok ? Faut pas que tu te gênes. Je me sentais toute seule de toute façon.

-
Merci.

Après le souper, j'aide Marilyn à laver la vaisselle. Son appartement me plaît. Chaleureux, propre et grand. La fenêtre découvre un parc où s'amusent des enfants. Leurs cris parviennent jusqu'à nous et je souris.

- C'est bien de te voir sourire.

Je voudrais bien sourire plus longtemps pour elle, pour qu'elle ne se sente pas si impuissante devant mon malheur, mais la douleur est insoutenable. Mes lèvres tremblent un peu, je relâche les muscles. Mon visage s'affaisse, s'apaise. J'ai peur de ne plus pouvoir sourire sans douleur.

- Tu veux en parler ?

Je secoue la tête. Les mots ne changent rien. Pas même les supplications.

- Je pense que je vais aller me coucher.

Marilyn m'observe un moment, inquiète. Elle me dirige vers la chambre d'invité et m'offre des draps propres.

- Si t'as besoin de parler, à n'importe quelle heure, réveille-moi ok ?

-
Promis.

Elle quitte la chambre, me laissant seule avec un grand lit. J'étends les draps et me glisse sous leur fraîcheur. Je cherche instinctivement ton corps pour me réchauffer. L'amertume m'étouffe lorsque je réalise que tu n'y es pas. On dit parfois que dormir lave les regrets.

Je ferme les yeux.

Tes mains. Tes grandes mains masculines. Tes mains qui enlacent ma taille, agrippent mes fesses, retiennent mon corps contre le tien. Tes doigts qui me cherchent dans la noirceur, pénètrent doucement ma chair. Tes mains de géant qui encadrent mon visage, coulent sur mes joues comme les marées pour mieux y revenir, y régner. Posséder.

Tes mains si belles.

J'ouvre les yeux, affolée. Les fermes.

Tes mains, si fortes.

Je me redresse en sursaut. Impossible de débarrasser mes pensées de tes foutues mains. Impossible d'oublier, d'ignorer. Je tourne en rond dans la chambre vide, évite de cligner des yeux même un peu dans la peur qu'elles reviennent me hanter.

J'aperçois soudain le matériel d'artiste de Marilyn dans l'entrebâillement du placard. Le même qu'elle avait lorsque l'on étudiait en art plastique au Cégep. Je sors sa peinture à l'huile, ses toiles vierges et ses pinceaux avec empressement. Je ferme les yeux, accepte les images, les retiens, m'en empare.

Et je peins.

Toute la nuit, je peins. Je couvre les toiles, transfère la bile de ma colère sur le canevas, sans relâche, avec toute la rage qui m'habite. Je peins tes mains, tes putains de mains. Je les regarde se noyer dans la peinture, suinter l'huile et la sueur. Tes mains maudites trop fortes, trop grandes. Je crache sur tes stupides caresses hypocrites et ajoute plus de peinture, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle forme des croûtes et sèche, et craque.

Tes mains de menteur, noir sur blanc.

*****

Tôt le matin, Marilyn me trouve affalée sur le plancher, entourée d'une dizaine de peintures. Elle pousse un petit cri, se couvre la bouche. Elle se précipite à mes côtés et me serre contre elle en murmurant :

- C'est correct, Mélodie, laisse aller.

Les larmes ne viennent pas. Je pose mon regard sur les œuvres étendues près de moi. Dix poings bien fermés. Dix grands poings, forts. Sanglants. Les poings qui jadis formaient tes mains, tes mains caressantes et douces, aimantes. Ces mêmes mains qui ont ravagé mon visage blanc.

Ces mains bien trop fortes pour aimer sans blesser.

08 août 2007

Le clair de lune se fond à mes rêves désertés. Timide lumière aux reflets d'argent, il vacille au moindre geste et menace de s'éteindre. Je ne respire plus. Le laisse survivre dans ma nuit angoissée.

Une veilleuse pour mes pensées agitées.

Bientôt ne restera plus de mon pays que des images sur papier, des souvenirs opaques qui jetteront des ombres immenses au mur de ma vie. Des monstres d'absence à ma mémoire. Des monstres sous mon lit, peut-être, au milieu des nuits étrangères qui ne m'appartiendront pas.

Je veille ce soir sur les beautés de mon enfance, celles gravées sur le sol qui m'a vue naître. Je les caresse des doigts, sent leur forme rugueuse sur ma peau. Je résiste au désir de les arracher à la terre pour les emporter avec moi. J'ai trop peur qu'elles s'effritent avec le temps. Qu'elles s'assèchent. Qu'elles dessèchent et moi avec.

Là-bas m'accueilleront les mêmes saisons, les mêmes paysages ou presque. Les mêmes odeurs et saveurs. Mais ils seront soudain dépossédés du velours de mon enfance, de toute cette suave douceur de grandir, cette sensation d'appartenir au monde parce qu'on y a planté nos racines. Là-bas ne m'offrira pas de merveilleux instants nostalgiques : mes rêves de fillette, mes douleurs d'adolescente ou même mes succès d'étudiante.

Là-bas, ma langue sera perdue. Ensevelie sous l'Autre qui la refuse, la repousse. Ma langue sera enfouie en moi, noyée dans ma passion qui ne meurt jamais, mais qui se recroqueville, parfois. Se referme. S'emprisonne.

Ce soir je chéris mon pays que je laisse avec regret. Que j'espère retrouver un jour, accompagnée de la seule raison au monde qui me fait le quitter : l'amour. Le vrai.

Là-bas, je ferai ma place, j'emporterai un bout de mon pays, de ma passion. De ma langue.

Je ferai de là-bas un ici parfait.

23 juillet 2007

Au creux du glacier que sont ses yeux

Au fond de l'abysse de son être

Enveloppe charnelle vidée de toute humanité...

Rien.


Son regard vide se pose sur le monde

Dans sa gorge grondent quelques mots

Des paroles empruntées qu'elle ne comprend pas

Sa peau n'a d'odeur que celle dérobée des mains qui l'ont touchée


Mais que lui restera-t-il

Au bout des jours ternes

Lorsque l'auront abandonnée les âmes vives

Lorsque ses pieds frôleront les rues inhabitées

Des chemins inconnus qu'elle ne saura reconnaître


Que lui restera-t-il

Sauf la chair putride sous les ongles

De ceux auxquels elle se sera accrochée

Désespérément

Sauf l'écho des idées qui ne sont pas les siennes

Sauf les relents des désirs qu'elle volait jadis


Son regard vide sur l'horizon

Cherchera-t-elle une autre victime

Ses crocs s'enfonceront-ils

Au creux d'une âme tendre

Jusqu'à la destruction


Que lui restera-t-il

Au bout du monde, au bout du temps

Face au miroir sans reflet

Devant l'étendue de son absence


Que les visages de ceux qu'elle aura tenté d'être

Et qui se sont enfuis.


Rien d'autre.