16 juillet, 2009,2:51 AM
La danse des mal-aimés

Les mal-aimés dans leur prison de chair se tiennent en silence devant la tempête.

Sans comprendre pourquoi.

Leurs yeux béants s’évadent jusqu’au bout du monde, vagabondent de regard en regard et cherchent une ancre où s’accrocher, une main tendue à agripper.

En vain.

Les mal-aimés ouvrent grand leurs bras, cherchent l’amour comme vous et moi. Cherchent l’autre qui les guidera, les complètera. Cherche la mère qui les réconfortera, l’ami qui ne les jugera pas. La place qui aurait dû leur être réservée dans ce monde, même au milieu de la tempête et du froid.

En vain.

Les mal-aimés perdus au milieu de l’existence se heurtent sans cesse au refus. Au fond des yeux qui se détournent. À coups de silences que seules leurs questions savent briser. À force d’ignorance feinte lorsqu’ils tentent de se rapprocher, lorsqu’ils tentent d’atteindre les aimés. De les toucher. D’être des leurs. Juste un peu. Juste une fois, pour faire semblant d’exister.

Les mal-aimés, si nous savions les écouter, au fin fond de leur prison de chair et devant la tempête, demanderaient simplement « Mais pourquoi? ».

Qui osera un jour leur répondre?
 
Écrit par Endlessness
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18 novembre, 2008,2:49 AM
Mes ailes atrophiées s’effritent sous le poids du silence, de l’oubli. L’impardonnable.

Ai-je donc succombé au néant de l’existence, vortex violent, puissant, qui avale tout sur son passage, aspire les êtres comme de vulgaires feuilles mortes. Le passage de l’être rêveur à l’être endormi. Le passage de l’homme accompli à l’homme désassemblé.

Désamorcé.

Ai-je donc abandonné le cœur même de mon être sur le chemin de la vie? Ai-je donc si naïvement échangé mes passions pour une vaine sécurité, un triste semblant de bien-être qui n’est au fond rien d’autre qu’une pure catatonie. Un cerveau surgelé, survolté, épuisé.

Décomposé.

Ai-je donc oublié les mots qui me berçaient autre fois? Ai-je donc abandonné leur douce lueur et leur poignante vérité, leur poison douloureux, et à la fois si bon, qui me gardait éveillée à toute heure du jour. De l’existence. Au milieu de mon être, entourée de mes fenêtres sur le monde. Avide de connaître, de comprendre. Assoiffée de cet état de conscience pure.

J’existais.

Suis-je donc devenue l’enfant ingrate de mes passions abandonnées? Celles qui m’ont tout donné, ont fait pousser mes ailes pour que je m’envole et que j’appartienne tout entière au monde. Sans regret.

Comment ai-je donc pu ne pas voir mes propres plumes se décomposer, et rejoindre la poussière de l’inconscience dans laquelle je m’enlise un peu plus, chaque jour.

Rendez-moi mes ailes.
 
Écrit par Endlessness
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10 octobre, 2008,2:49 AM
Les étoiles ont coulé, se sont mises à pleurer dans le ciel ténébreux, tout au bout de l'aurore. À peine une lune fatiguée pour s'éclairer. À peine un soleil ressuscité pour tout rallumer.

Les étoiles ont fondu sur la nuit épanouie. Sur nos têtes enfouies dans nos terreurs d'enfant. Sur nos corps tendus par nos angoisses d'adulte.

Nous avons observé l'aurore engloutir les étoiles pour déjeuner. Une à une, elles se sont éteintes. Sans faire de bruit. Pas un tintement de cristal, pas un froissement d'étoffe. Pas même un cri étouffé, ou une douce plainte féérique. J'aurais aimé qu'elles disparaissent en laissant derrière une mélodie.

Le requiem des astres de notre nuit.

Mais maintenant que le jour s'est levé, que nous reste-t-il? Des membres engourdis, un cœur affolé. Des sanglots accrochés au fond de nos gorges. Des tremblements de terre dans les paumes de nos mains. Des déserts brûlants à nos lèvres.

Et je me demande encore si la nuit, celle tout au fond de nous, est encore éternelle.

Comment fait-on pour allumer l'aurore au creux de nos âmes meurtries?
 
Écrit par Endlessness
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09 juillet, 2008,11:53 PM
Le silence de ma chair à tes oreilles sourdes, j’aperçois dans ton regard toute l’amertume du monde que tu caches en toi. Tes mains cherchent tout de même la morsure sur ma peau, l’ouverture où l’être que tu souhaites se cache. L’entrée béante qui saurait te mener jusqu’au fond de mon corps.

Tu ne trouves que ma peau. Ma fleur de peau.

Je parle les mots de mon cœur en espérant que tu m’entendes. Je cherche la fréquence parfaite qui pourra colmater les fissures du pont qui nous sépare, la nuit. Je t’offre mon corps, bien que fermé. Ma chair, bien que cachée. Je prie pour que tu saches un jour trouver la voie, la brisure pour la réparer. Je comprends ta tristesse, écho de la mienne.

La colère, elle, n’accompagne que moi. Moi et ma fleur de peau.

Tes doigts caressent ma peau comme un frisson. Une douce barrière que tu méprises, au fond, même si tu refuses de l’avouer. Un fossé sans fond où se perd le désir, s’enfonce l’espoir un peu plus, chaque fois.

Une fleur de peau.

Fanée.
 
Écrit par Endlessness
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06 juillet, 2008,4:39 AM

J’ai le cœur qui bat
Qui s’ébat, se débat
S’abat.

Le cœur écorché
Décroché, amoché.
Empêché.

Le cœur comme une prison
De déraison, de trahison
Un poison.

De mes mots oubliés
Liés et pliés
Humiliés.

De mes mots esseulés
Fêlés et mêlés
Soûlés.

De mes mots de silence
D’absence et d’innocence
Immenses.

Mon cœur comme un étau
Un marteau, un couteau

Sur mes mots.

Épuisés.

 
Écrit par Endlessness
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18 juin, 2008,11:30 PM

On m’a dit qu’un jour je te retrouverais.

Sous les étoiles endormies d’une nuit de novembre, entre les bourrasques violentes de l’hiver qui s’ébroue. On m’a dit que tu serais là, dans la noirceur sans bouger. Dans la dureté du froid, sans frissonner.

On m’a dit que ta douceur braverait le givre naissant au bord des chemins. On m’a dit que ta beauté repousserait les tempêtes qui menacent nos abris. Et que tu murmurerais une mélodie triste, si triste… d’une mélancolie passionnée qui frôle l’infini.

On m’a dit qu’un jour, tu me retrouverais.

On ne m’a pas dit quand ni comment, ni pourquoi. On m’a seulement dit que tes pas franchiraient les frontières sans hésiter, que la nuit te porterait jusqu’à moi comme une offrande, dans la grâce des mouvements allongés de l’automne qui s’échappe. Et que tu saurais où je suis, où je vais. Qui je suis.

On m’a dit qu’un jour, on se retrouverait.

Pour laisser couler nos rires cristallins dans la mer d’étoiles brillant sur nos têtes. Pour laisser nos paroles se dire à quel point le temps assassin a pu s’enfuir si vite, à quel point des années lumières ont tout dévasté, ont tout étouffé de leur forte poigne sur nos êtres. Jusqu’à notre amitié.

À quel point nous nous sommes manquées. Si longtemps.

Je t’attends.

 
Écrit par Endlessness
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26 mai, 2008,6:08 PM

On ne retrouvera que des lunes.

Des lunes perlées aux reflets amers, aux effluves ensanglantées qui demeureront muettes et sourdes, et effarées. Des lunes violées qui ne sauront parler la langue interdite des vérités, celles mêmes qui auront été enfouies dans les profondeurs d’un océan asséché. Des lunes effritées qui auront assisté à la fin de notre monde sans comprendre, sans savoir.

On ne retrouvera que des morceaux d’une lune, des milliers d’astres qui jadis ne formaient qu’un. Des poussières du passé si vite oublié.

Des poussières d’une Terre que personne n’aura su aimer.

Des milliers de lunes esseulées qui n’auront plus d’amant autour duquel tourner. Plus d’aimant pour les attirer. Plus d’amour à donner en tournoyant, en dansant tout autour jusqu’à la fin des temps.

On ne retrouvera que des lunes attristées qui ne diront jamais la tragédie d’une effroyable fin.

 
Écrit par Endlessness
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14 janvier, 2008,11:47 PM

Nous aimerons-nous jusqu'au bout

Jusqu'au bout des quais de glace

Qui dansent dans la tempête

Plongés dans des mers de lunes éclatées


Nous aimerons-nous jusqu'au bout

Jusqu'au bout des chemins d'émeraudes

Ceux qui scintillent même la nuit

Même à l'aube des noirceurs éternelles


Nous aimerons-nous jusqu'au bout

Jusqu'au bout des océans amers

Qui s'étirent à l'horizon

Jusqu'à disparaître au fond des astres


Invisibles.


Nous aimerons-nous jusqu'au bout

Jusqu'au bout de l'éternité

Lorsqu'il ne restera de nous que des poussières

Des sourires candides et des larmes séchées

Lorsqu'il n'existera plus que des os brisés

Des pas fragiles qui ne mèneront nulle part


Nous aimerons-nous encore, encore plus loin

Jusqu'au bout de l'infinité

Lorsque le temps se sera épuisé

Sur nos corps alanguis, impuissants

Nos mains enlacées comme des bouées

Devant le déluge du temps effacé


Nous aimerons-nous toujours, toujours

Jusqu'au bout de la fin

Quand il n'existera plus d'éternité

Plus d'infini aux éclats nacrés

Qu'un dernier souffle partagé

Une promesse de ne plus y croire

De laisser aller


Nous aimerons-nous encore, dis-moi

Nous aimerons-nous plus fort

Plus grand

Plus beau


Jusqu'à toujours, jusqu'à jamais

Jusqu'à la limite de l'amour

Parfait


Nous aimerons-nous jusqu'au bout

De nous


Dis-moi?

 
Écrit par Endlessness
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06 septembre, 2007,3:43 AM

Les mains de sang


Avec des mains comme les tiennes, toutes les courbes du monde se moulent à tes caresses. Tes grandes mains pleines de fins sillons qui s'éternisent au creux de tes paumes. Tes doigts épais, rugueux, sont pourtant si doux lorsqu'ils effleurent la peau blanche des femmes.

Ma peau blanche de femme.

Le train ballotte et moi avec. Le bruit monotone des roues de fer sur les rails me pousse lentement vers le sommeil, mais je n'arrive pas à effacer l'image de tes mains géante sur mes seins. Le contraste de ta peau brune sur la mienne translucide. tes caresses expertes qui dansent le tango sur mon corps. Suaves et lentes. Féroces. Des caresses que tu as dû répéter tant et tant de fois pour atteindre cette perfection...

Une plainte stridente perce mes tympans ; le train freine en hurlant de ses poumons de métal. Le conducteur annonce mon arrêt en crachotant dans les haut-parleurs. Ignorant les courbatures qui enflamment mon corps, j'abandonne le train à ses destinations futures.

Pendant un moment, j'hésite et souhaite remonter. Aller plus loin, peut-être ? Continuer jusqu'au bout du monde, fuir l'image de tes mains qui m'habitent, forgée à même mes os. Mais la Terre est ronde et le risque de revenir au point de départ efface toute envie de remonter à bord.

Recommencer à neuf.

Je parcours la foule parsemée du regard. J'aperçois aussitôt Marilyn et sa tête rousse. Elle me regarde sans sourire, le visage livide et triste. Elle s'approche, me serre dans ses bras sans un mot. J'avale tant bien que mal ma salive épaisse comme de la ouate. Pleurer serait une erreur.

On ne pleure pas pour deux pauvres mains. Même grandes, même sensuelles.

- Comment tu vas ?

-
Pas mal, toi ?

-
Ça va...

On regarde chacune nos souliers, un peu gênées. Les mots deviennent si difficiles à prononcer dans de telles situations. Ils s'accrochent aux cordes vocales comme des condamnés à mort, tombent parfois sur l'estomac et donnent envie de vomir. Peut-être vaut-il mieux les laisser là où ils sont. Bien enfoncé dans le cœur. Ils y font moins de dégâts que propulsés dans la réalité.

Après un café amer acheté à la station, Marilyn me guide à travers les petites rues de son village.

- C'est là que je fais mon épicerie. Les prix sont pas pires, tu vas voir. En plus, ils font une salade de patates vraiment bonne.

J'émets un sont incompréhensible qui veut presque dire "C'est bien" en espérant que Marilyn comprenne. Je tente de m'intéresse à sa visite guidée du cartier, mais je n'y arrive pas. Je fixe les mains des passants en cherchant les tiennes. Je ne vois que des petites mains frêles, des mains ridées qui se recroquevillent, des mains de squelettes, des mains trop grosses et maladroites.

- T'as pas de valises ?

-
Je suis partie trop vite. J'ai pas eu le temps.

Marilyn me regarde avec le même air profondément triste que plus tôt. J'avale ma salive de coton et examine avec attention les craques du trottoir. Elle pose sa main sur mon dos et dit :

- C'est pas grave, je vais te donner du linge. J'en ai ben trop de toute façon.

La chaleur de sa peau traverse mon chandail et me pénètre. J'imagine ta chaleur à toi, le poids de ta main contre mes omoplates. J'inspire profondément, esquive le geste de Marilyn.

Mes pas se font plus rapides. J'ai besoin d'une douche brûlante. J'ai besoin d'effacer les traces de tes mains contre mon corps. Débarrasser mes cheveux de ton odeur. Oublier tes caresses.

Des sables mouvants emplissent ma gorge. Je ne peux plus avaler.

******

- Tu peux rester aussi longtemps que tu veux, ok ? Faut pas que tu te gênes. Je me sentais toute seule de toute façon.

-
Merci.

Après le souper, j'aide Marilyn à laver la vaisselle. Son appartement me plaît. Chaleureux, propre et grand. La fenêtre découvre un parc où s'amusent des enfants. Leurs cris parviennent jusqu'à nous et je souris.

- C'est bien de te voir sourire.

Je voudrais bien sourire plus longtemps pour elle, pour qu'elle ne se sente pas si impuissante devant mon malheur, mais la douleur est insoutenable. Mes lèvres tremblent un peu, je relâche les muscles. Mon visage s'affaisse, s'apaise. J'ai peur de ne plus pouvoir sourire sans douleur.

- Tu veux en parler ?

Je secoue la tête. Les mots ne changent rien. Pas même les supplications.

- Je pense que je vais aller me coucher.

Marilyn m'observe un moment, inquiète. Elle me dirige vers la chambre d'invité et m'offre des draps propres.

- Si t'as besoin de parler, à n'importe quelle heure, réveille-moi ok ?

-
Promis.

Elle quitte la chambre, me laissant seule avec un grand lit. J'étends les draps et me glisse sous leur fraîcheur. Je cherche instinctivement ton corps pour me réchauffer. L'amertume m'étouffe lorsque je réalise que tu n'y es pas. On dit parfois que dormir lave les regrets.

Je ferme les yeux.

Tes mains. Tes grandes mains masculines. Tes mains qui enlacent ma taille, agrippent mes fesses, retiennent mon corps contre le tien. Tes doigts qui me cherchent dans la noirceur, pénètrent doucement ma chair. Tes mains de géant qui encadrent mon visage, coulent sur mes joues comme les marées pour mieux y revenir, y régner. Posséder.

Tes mains si belles.

J'ouvre les yeux, affolée. Les fermes.

Tes mains, si fortes.

Je me redresse en sursaut. Impossible de débarrasser mes pensées de tes foutues mains. Impossible d'oublier, d'ignorer. Je tourne en rond dans la chambre vide, évite de cligner des yeux même un peu dans la peur qu'elles reviennent me hanter.

J'aperçois soudain le matériel d'artiste de Marilyn dans l'entrebâillement du placard. Le même qu'elle avait lorsque l'on étudiait en art plastique au Cégep. Je sors sa peinture à l'huile, ses toiles vierges et ses pinceaux avec empressement. Je ferme les yeux, accepte les images, les retiens, m'en empare.

Et je peins.

Toute la nuit, je peins. Je couvre les toiles, transfère la bile de ma colère sur le canevas, sans relâche, avec toute la rage qui m'habite. Je peins tes mains, tes putains de mains. Je les regarde se noyer dans la peinture, suinter l'huile et la sueur. Tes mains maudites trop fortes, trop grandes. Je crache sur tes stupides caresses hypocrites et ajoute plus de peinture, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle forme des croûtes et sèche, et craque.

Tes mains de menteur, noir sur blanc.

*****

Tôt le matin, Marilyn me trouve affalée sur le plancher, entourée d'une dizaine de peintures. Elle pousse un petit cri, se couvre la bouche. Elle se précipite à mes côtés et me serre contre elle en murmurant :

- C'est correct, Mélodie, laisse aller.

Les larmes ne viennent pas. Je pose mon regard sur les œuvres étendues près de moi. Dix poings bien fermés. Dix grands poings, forts. Sanglants. Les poings qui jadis formaient tes mains, tes mains caressantes et douces, aimantes. Ces mêmes mains qui ont ravagé mon visage blanc.

Ces mains bien trop fortes pour aimer sans blesser.

 
Écrit par Endlessness
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08 août, 2007,10:41 AM

Le clair de lune se fond à mes rêves désertés. Timide lumière aux reflets d'argent, il vacille au moindre geste et menace de s'éteindre. Je ne respire plus. Le laisse survivre dans ma nuit angoissée.

Une veilleuse pour mes pensées agitées.

Bientôt ne restera plus de mon pays que des images sur papier, des souvenirs opaques qui jetteront des ombres immenses au mur de ma vie. Des monstres d'absence à ma mémoire. Des monstres sous mon lit, peut-être, au milieu des nuits étrangères qui ne m'appartiendront pas.

Je veille ce soir sur les beautés de mon enfance, celles gravées sur le sol qui m'a vue naître. Je les caresse des doigts, sent leur forme rugueuse sur ma peau. Je résiste au désir de les arracher à la terre pour les emporter avec moi. J'ai trop peur qu'elles s'effritent avec le temps. Qu'elles s'assèchent. Qu'elles dessèchent et moi avec.

Là-bas m'accueilleront les mêmes saisons, les mêmes paysages ou presque. Les mêmes odeurs et saveurs. Mais ils seront soudain dépossédés du velours de mon enfance, de toute cette suave douceur de grandir, cette sensation d'appartenir au monde parce qu'on y a planté nos racines. Là-bas ne m'offrira pas de merveilleux instants nostalgiques : mes rêves de fillette, mes douleurs d'adolescente ou même mes succès d'étudiante.

Là-bas, ma langue sera perdue. Ensevelie sous l'Autre qui la refuse, la repousse. Ma langue sera enfouie en moi, noyée dans ma passion qui ne meurt jamais, mais qui se recroqueville, parfois. Se referme. S'emprisonne.

Ce soir je chéris mon pays que je laisse avec regret. Que j'espère retrouver un jour, accompagnée de la seule raison au monde qui me fait le quitter : l'amour. Le vrai.

Là-bas, je ferai ma place, j'emporterai un bout de mon pays, de ma passion. De ma langue.

Je ferai de là-bas un ici parfait.

 
Écrit par Endlessness
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23 juillet, 2007,11:51 PM

Au creux du glacier que sont ses yeux

Au fond de l'abysse de son être

Enveloppe charnelle vidée de toute humanité...

Rien.


Son regard vide se pose sur le monde

Dans sa gorge grondent quelques mots

Des paroles empruntées qu'elle ne comprend pas

Sa peau n'a d'odeur que celle dérobée des mains qui l'ont touchée


Mais que lui restera-t-il

Au bout des jours ternes

Lorsque l'auront abandonnée les âmes vives

Lorsque ses pieds frôleront les rues inhabitées

Des chemins inconnus qu'elle ne saura reconnaître


Que lui restera-t-il

Sauf la chair putride sous les ongles

De ceux auxquels elle se sera accrochée

Désespérément

Sauf l'écho des idées qui ne sont pas les siennes

Sauf les relents des désirs qu'elle volait jadis


Son regard vide sur l'horizon

Cherchera-t-elle une autre victime

Ses crocs s'enfonceront-ils

Au creux d'une âme tendre

Jusqu'à la destruction


Que lui restera-t-il

Au bout du monde, au bout du temps

Face au miroir sans reflet

Devant l'étendue de son absence


Que les visages de ceux qu'elle aura tenté d'être

Et qui se sont enfuis.


Rien d'autre.

 
Écrit par Endlessness
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20 juillet, 2007,1:41 AM

J'ai lancé au loin des caresses qui ne sont revenues qu'à moitié.

J'ai jeté au vent de doux mots qui ont parfois pris goût à leur liberté.

J'ai offert beaucoup en espérant que tout me revienne. Inchangé.

Peut-être n'ai-je pas compris que les caresses se transforment parfois en baisers, que les doux mots grandissent et deviennent des encouragements. Ce que je donne revient me chatouiller la nuque, m'effleurer la joue, m'envelopper de chaleur. Ce que je donne je le reçois sans le savoir, les yeux rivés sur les chemins qu'ont pris mes propres gestes que je crois perdus.

Et pourtant, je l'admets, j'espère que me reviendront les caresses que j'ai mis tant d'énergie à créer. Je souhaite que mes petites attentions se réfléchissent sur ma vie, de la même façon, parce que tout ce que je donne, égoïste que je suis, je le donne parce que j'aimerais qu'on me l'offre à moi-même. Juste pour moi. Juste comme ça.

Mais, humains idiots que nous sommes, chacun sa façon d'exprimer son amour, chacun ses habitudes et chacun offre comme il aimerait être offert. Au bout de toute cette différence s'empilent bien des espoirs essoufflés, des caresses incomprises à jamais ensevelies, s'égarent bien des regards et se coulent des larmes sans queues ni têtes.

À qui la faute ? À personne. À nous-mêmes. À ne pas savoir se donner à soi-même, à ne pas savoir donner autrement à l'autre, à ne pas savoir comment, comment s'aimer sans que le verbe ne soit réfléchi, mais bien réciproque.

À ne pas savoir aimer pour les autres.

 
Écrit par Endlessness
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19 juillet, 2007,11:26 AM

Quelques mots transpercent la nuit.

Quelques mots fendent l'espace qui s'épaississait sans cesse entre nous, marées de regrets, de colère, d'abandon. Des marées-sables-mouvants engloutissant nos échanges. On aurait cru qu'elles étaient immenses, infinies. On aurait cru que plus rien ne pourrait les traverser.

Quelques mots, pourtant, font basculer le marécage. Des lunes en tempête parviennent à tourner le sens du vent. Les vagues déferlent sur mon corps, froides. Violentes. L'amortissement de tes paroles naguère si précieux s'envole. Tes quelques mots font écho dans toutes les veines de mon corps.

Mon cœur affolé tente de les disperser aux quatre coins de mon être.

Une à une mes racines fendillent. Se recroquevillent comme des enfants apeurés. Torsades et tourbillons, dans la faible terre qui les retenait, elles se mettent à crier. Se mettent à brûler. De grandes flammes jaillissent sous mes yeux, lèchent tendrement mon corps de leurs langues écarlates.

À bout de souffle, je tends les bras comme font les arbres autour de moi. J'écarte mes doigts comme les érables pour atteindre le ciel et y trouver ma délivrance. Je pointe mon visage vers la nuit comme les sapins pour implorer les étoiles.

Mais sans racines, je m'effondre. Quelques mots ont tout fait basculer.

Maintenant, de la cendre gît ou jadis je poussais.

Je ne sais plus où me disperser.

 
Écrit par Endlessness
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24 avril, 2007,3:22 AM

L’hiver sur son lit de mort murmure.

Des lambeaux de sa chair s’étendent sur les plaines. Fondent sous la vengeance du soleil. L’hiver s’éteint doucement, quelques larmes coulent sur le monde. Achèvent leur course à l’horizon. S’envolent.

L’été s’éveille et chantonne.

Dans la foulée de mes rêves ressuscités, il s’approche de ma fenêtre. Souffle au creux de mon oreille des mots de chaleur. Réchauffe ma passion qui s’était endormie. Qui s’était perdue dans l’éternité des déserts blancs. Qui était ensevelie sous les avalanches nordiques.

L’odeur de liberté flotte partout. J’inspire un grand coup. Pleure un peu.

Je croyais avoir tout perdu.

 
Écrit par Endlessness
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02 janvier, 2007,10:43 PM
Du temps pour s'arrêter.
Du temps pour respirer.

Plus de temps pour écrire.
 
Écrit par Endlessness
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05 septembre, 2006,3:48 AM
N’y aura-t-il jamais assez de mots,

Jamais assez de mots pour les marées nocturnes et le vent de sel qu’elles échappent au passage,
Jamais assez de mots pour les pluies d’automne et leur douceur glaciale
Pas assez de mots pour les soleils mourants des bouts du monde.

N’y aura-t-il jamais assez de mots,

Pour l’inébranlable mélodie des pianos, la tristesse des violons, la volupté des airs de flûte
Pour la saveur riche du chocolat, l’odeur enrobante du café, la douceur d’une pêche
Pour les caresses maladroites des premiers amours
Et les baisers langoureux des seconds.

N’y aura-t-il jamais assez de mots,

Jamais assez à dire, écrire, crier. Jamais assez pour expliquer, raconter, susurrer. Jamais assez pour parler de l’existence comme il se doit, parce que les mots ne sont jamais assez, jamais plus que des idées qui divaguent, se mélangent, s’estropient. Il n’y aura jamais assez, dans ce monde d’infinies richesses, jamais assez de gens pour dire avec leur langue, avec leurs doigts, avec leur corps et leurs yeux, jamais, jamais assez pour entourer la vie et la mesurer, la délimiter, l’exprimer.

Inexprimable.
Impénétrable.
Inconcevable.

L’existence ne tiendra jamais tout au fond de quelques mots.
Ou même de milliers.
Ou même d’infinités.

Et tant pis. Moi j’essaie.
Sait-on jamais !
 
Écrit par Endlessness
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31 août, 2006,5:04 AM
Les épines de vos coeurs enracinées à ma peau si frêle,
Les crochets de votre amour enroulés autour de mes cheveux, tirent et tirent
Tirent et déchirent.

Je mords mes lèvres pour ne pas crier.
Je comprends que votre amour n'est que mal exprimé
Votre amour en excuse comme si vous ne saviez pas qu'il est.

J'ai les cicatrices de vos ongles sur mon corps, et même encore sur mon âme
Je crie parfois contre les innocents. À retardement.
Je suis une bombe de petites douleurs.

À quoi bon pleurer.

Je veux bien vos pardons, je vous offre les miens.
On ne peut que s'écorcher en essayant de s'apprécier
Maladroits humains que l'on est, c'est la peur qui se mêle aux désirs
La peur d'être blessé alors que les barrières sont baissées.

Pourtant, les barrières ne se baissent plus depuis longtemps.
La rouille les a grugées.

Je veux bien vos excuses, je vous offre les miennes.
Je ne sais plus si j'ai péché, je ne sais plus si j'ai mal fait.
Je m'excuse quand même parce que, moi aussi, je ne suis qu'humaine.

Et encore, je vous laisse revenir à même les coupures béantes
Je vous laisse reprendre votre place à même la chair à vif.

Après tout, je ne suis que maladroite humaine :
C'est l'espoir qui gagne contre la peur
Jusqu'à ce qu'elle se retourne en pleurant.
"Je te l'avais bien dit".
 
Écrit par Endlessness
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12 juillet, 2006,3:57 PM
J'aperçois la vieillesse penaude, assise dans un coin du monde et qui s'enferme dans des silences douloureux. Cette chère vieillesse aux yeux si doux, qui parle en murmure de sa voix ridée. Je la vois apeurée au milieu de la jeunesse qui fracasse l'espace, ignore leurs ancêtres la tête bien haute et le sang gelé.

Je la vois frissonner, cette pauvre vieillesse, perdue dans un monde soudain trop vaste. Je la vois attristée de n'être plus grand-chose, même si jadis elle était cette jeunesse qui parle fort, même si jadis elle s'est battue pour une place au pays.

Je vois ma vieillesse toute pleine d'amour qui ne sait plus quoi en faire. Je vois dans ses gestes les caresses latentes qui débordent, la chaleur infinie de son cœur en émoi. Son amour est palpable au milieu de tout ce silence, et je me demande chaque fois pourquoi ils se taisent, si longtemps.

Si souvent.

Peut-être que la vieillesse, au bout du chemin, a compris que parler fort ne règle rien.

Peut-être que la vieillesse a baissé les bras, et tente comme elle peut de donner tout ce qu'elle a.

À ceux qui n'écoutent plus.
 
Écrit par Endlessness
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27 juin, 2006,3:25 AM
S'il fallait qu'un jour le ciel s'éteigne sur nos corps éreintés, s'il fallait que la nuit n'en finisse plus de geindre, affalée contre le monde comme une bête mourante...

S'il fallait qu'il ne reste dans l'univers qu'une parcelle de notre courte existence, comme une photographie jaunie et écornée d'un ancêtre inconnu. S'il fallait que règnent sur les décombres du monde des corbeaux brûlés par le temps, qui croassent et battent leurs ailes dans la brume de nos derniers souffles...

S'il fallait qu'un jour nos coeurs s'arrêtent de battre, à l'unisson, dans un concert fatal de tambours affolés, je voudrais que nos yeux vieillis par les années plongent les uns dans les autres et ne se quittent plus.

Je voudrais que l'on se souvienne de l'humanité comme d'un sourire : chaleureuse, généreuse, aimante.

Je voudrais que l'on oublie tout le reste, tout le reste qui fait mal, parce que dans toute la douleur de l'existence humaine se cachent une infinité de beautés.

Trop souvent oubliées.
 
Écrit par Endlessness
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26 juin, 2006,2:55 AM
Je cherche des mots.

Dans les déserts sauvages, je creuse de mes doigts le sable fin. Les grains s’infiltrent sous mes ongles, s’agrippent à mes mains comme des fugitifs ivres de liberté. Je cherche les mots dans les dunes tranquilles sommeillant sous le soleil. Je les cherche encore dans les tempêtes de sable qui agressent les yeux et laissent dans la bouche un goût amer et croquant. Le goût de la défaite.

Je cherche des mots.

Dans le ciel si profond qu’il ne saurait avoir de fin. Je cherche les mots dans les nuages cotonneux de l’enfance comme dans ceux très noirs, très enragés des violents orages. Je fouille autour des étoiles, sous la lune durant les nuits transparentes qui ne laissent dormir personne. Je n’y trouve que du vide. Du vide et quelques poussières.

Je cherche des mots.

Sur mon corps, dans mes yeux. Je fixe les miroirs en examinant chaque parcelle de mon visage. J’inspecte ma peau et tente de déplacer les grains de beauté pour mieux y voir. Je cherche au fond de ma gorge tous ces mots pris au piège qui forment des boules, toujours. Des boules qui m’étouffent. Mais je ne découvre que du silence. Un silence énorme qui prend toute la place.

Je cherche des mots...

Je cherche les mots parfaits, tous les mots du monde qui sauraient dire, tout simplement. Dire l’existence, mon existence. Votre existence et même notre existence à nous, tous, unis comme on est dans ce monde si vaste. Et si vide. Je cherche les mots que je pourrais mettre sur les moments, comme une couronne sur la tête d’un roi, des mots qui scintilleraient comme des joyaux. Et plus encore.

Je cherche les mots à te dire mais je n’en trouve plus. J’en avais tellement, avant. Des milliers de mots aux teintes innombrables. Des mots aux ombres légères, aux ombres lourdes. Des mots sans ombres qui claquent sur le sol et éclatent aux oreilles. Des mots doux qui murmurent comme le vent et caressent les cheveux.

Avant, j’avais des océans de mots à t’offrir, à m’offrir. Je les ai perdus au détour d’une langue, et depuis, je suis perdue.

Je cherche mes mots dans tes yeux, sur tes lèvres, je cherche mes mots la nuit, collée à toi parce que je t’aime, parce que je ne pourrais vivre sans toi. Mais je cherche mes mots sous les plis de ta peau comme si j’avais dû les laisser tomber là, le temps d’un baiser. Et je crois qu’au fond, tout ce que je veux dire, c’est que je m’en veux.

Je m’en veux de t’aimer plus que mes mots jusqu’à les échapper comme ça. Et pourtant, je ne changerais les choses pour rien au monde.

Je les retrouverai, mes mots. N’est-ce pas ?
 
Écrit par Endlessness
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01 juin, 2006,4:45 PM
Dehors, la pluie marche dans les rues, laissant flotter dans l'air l'écho de ses milliers de petits pas sur le sol du monde. Au bout de la nuit, le ciel a les joues rosées, gêné par l'intimité nouvelle de l'été qui s'amène. Des voitures passent dans les rues comme des bateaux, jettent sur leur passage des marées entières sur les trottoirs.

Le monde est une rivière éternelle qui ne connaît pas sa source.

Dehors, des gens avancent dans la nuit, drapés de noirceur et d'étoiles. Leurs pas se posent sur l'eau et on dirait qu'ils marchent sur la mer comme des dieux anonymes. Personne ne voit les miracles qu'ils accomplissent. Pourtant, chaque jour, ils sauvent des vies. Sans le savoir. L'humilité les illumine parce qu'ils s'ignorent.

Chacun est un dieu qui ne se connaît pas.
 
Écrit par Endlessness
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,4:43 PM
Sur le sol de ma chambre, des livres s'écornent, ramassent la poussière en murmurant les mots qui les emplissent. Je les couve du regard en me rappelant ce que nous avons vécu ensemble. L'enfance enchantée de Tunström, la mer immense et si vivante de Baricco, et le train qui ne mène nulle part autre que dans l’univers étourdissant de cet auteur italien. L'affolante inexistence de Kundera, l'enfer existentiel de Sartre, les mirages désertiques et les petits princes de Saint-Éxupéry. La tristesse des femmes de Marie Laberge. Les démons intérieurs d’Anne Hébert.

Je les écoute murmurer à l'unisson leurs douleurs, leurs joies, leurs poésies. Je les aime du fond du coeur pour les moments qu'ils m'ont offerts, pour les vies qu'ils m'ont fait vivre, pour les refuges qu'ils m'ont proposés. Sans eux, je ne me serais jamais sentie aussi vivante.

Lorsque j'avais 12 ans, on me disait que j'avais du talent pour écrire. Je m'étais alors dit qu'avant mes 20 ans, j'écrirais un roman et je le publierais. J'ai passé des années à écrire. Des ébauches de roman, des nouvelles, des poèmes. Chaque fois j'allais plus loin, chaque fois je relisais les textes passés en me disant que j'avais évolué, qu'à présent, ce n'était pas assez bien. Jamais je ne me suis sentie prête à publier, croyant sans cesse que je pourrais faire mieux, que je devais faire mieux.

À 20 ans, j'ai pleuré. Parce que bon, à 20 ans, on pleure l'enfance si loin, le temps qui passe trop vite. Et les livres qu'on n’a pas écrits. Les promesses qu'on n'a pas su tenir, celles qu'on s'était faites à soi-même.

Maintenant, à 21 ans, je regarde les livres qui parsèment ma chambre, ceux que je découvre comme ceux que je relis. Je voudrais pouvoir dire "Moi aussi, j'ai fait vivre les gens." Je garde une place dans ma bibliothèque pour cette oeuvre que je porte en mon ventre, celle qui surgira de ma chair, un jour.

Je me pardonne d'avoir manqué à ma promesse. À condition de promettre à nouveau...

Que je publierai avant mes 30 ans.

J'ai une famille entière à mettre au monde.
Une famille de mots et de papier.
 
Écrit par Endlessness
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14 mai, 2006,8:30 PM
Mon grand amour à moi vit à un an et demi d’ici.

Je le rencontre parfois quand la Lune s’échappe de la poigne farouche du Soleil, alors que les marées s’effondrent et que mon cœur ensommeillé se lasse d’avoir trop pleuré. Ses yeux ont la saveur de l’aube et son sourire est plus grand que le monde. Son torse est mon refuge, doux et chaud. Lorsque je m’y presse, frigorifiée, j’entends sa voix murmurer à travers les battements de son cœur, et même quand je ne les comprends pas, parce qu’ils me parviennent étouffés par-delà la barrière de sa chair, je sais qu’ils ne veulent dire qu’une chose : je t’aime... je t’aime... je t’aime...

Mon grand amour à moi vit à 18 mois d’ici.

Quand nous marchons dans la nuit, le vent en cascade sur nos corps tremblants, il me parle dans une langue étrangère que j’apprends à maîtriser. Il me parle de l’avenir en me prenant la main, l’avenir qu’est demain comme l’avenir de nos 70 ans. Quand il parle, le monde entier me paraît plus simple et je n’ai plus peur. Quand il parle je le sens si fort qu’il me rend forte à mon tour. Ses mots ne sont pas français, et c’est la seule chose qui m’attriste : ne pouvoir partager ma passion avec lui. Devoir abandonner ma langue pour l’aimer comme je peux. Il me dit : « One day, I will read everything you’ve ever written in French and I won’t need you to translate them. » Et je le crois.


Mon grand amour à moi vit à 547 jours d’ici.

Quand il part, je pleure des jours durant. Je forme des mers dans mon petit appartement insupportablement vide. Tout mon corps fait mal et j’ai l’impression qu’il a emporté avec lui tout l’oxygène du monde. Je crache au visage des horloges et je veux déchirer les calendriers. Je cherche la solution parfaite qui n’existe pas. « There are a lot of solutions, sweetie. Unfortunately, none of them are good. »

Mon grand amour à moi vit à 13 128 heures d’ici.

Alors j’irai le rejoindre. Dans ce pays que j’ai tant détesté, loin de mon Québec fragile que j’aime pour sa langue, pour sa chaleur, et parce que c’est ma famille. Mon Québec confus que je déteste pour son hypocrisie, pour sa lâcheté, et parce qu’il ne peut accueillir mon amour sans risquer de le détruire. J’irai rejoindre mon grand amour après cette interminable attente. Je sais qu’il m’attendra, mon bonheur au creux de ses bras comme un enfant précieux. Je suis prête à tout.

Mon grand amour à moi vit à 787 680 minutes d’ici.
Pour être plus précise, il vit à 47 260 800 secondes d’ici.

47 260 799.
47 260 798.
47 260 797...
 
Écrit par Endlessness
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14 mars, 2006,4:05 AM
Je me croyais libre.

Des boulets à mes chevilles pèsent toujours, traînent derrière moi et m’essoufflent. Les pas sont longs, les pas sont trop longs pour marcher si loin. J’affame mes yeux de pays étrangers, j’assoiffe mes mains de ta peau, j’accueille l’échec de tout mon corps qui se refuse. Me refuse.

Me refuse la liberté.

Je n’ai que des mots. Que des mots pour faire le tour du monde.
Je n’ai que des mots pour goûter les saveurs inconnues des pays lointains.
Que des mots pour sourire aux gens des autres continents.
Que des mots qui ne remplissent plus les affreux silences de la distance.

Je n’ai que des mots qui trébuchent sur ma langue et tombent mollement aux pieds du monde, salissent la même terre qui, depuis toujours, me garde prisonnière. Ils me reviennent durement en écho, plus fort, comme un cri. Un hurlement.

Je n’ai que des mots pour voyager au fond des gouffres de l’abstrait.
Que des mots parce que mes ailes ne sont jamais poussées.

Je souffle les plumes des autres et je les offre au vent. Leur éclat de nacre perce le charbon de mes boulets, et la brise les emporte au bout du monde, loin de mes mots, de mes balbutiements.

Fille de Dédale, je cherche la cire, je cherche la fenêtre mais ne trouve que l’absence. L’absence de barreaux à mon corps, l’absence de prison. Les chaînes qui me mordent la peau sont celles, invisibles, de la peur.

Je sors les armes.
Je te trouve tout au fond.
Je dois vaincre.

I will fly to you.
 
Écrit par Endlessness
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09 mars, 2006,8:02 AM
Des océans plein les yeux.
Des silences amers qui chavirent.
Des valises qui se construisent, déconstruisent, reconstruisent.
Des départs en crescendo.

Des gorges étroites qui étranglent les mots.
De l’amour déborde et inonde nos visages.
Des mains qui s’agrippent et puis s’échappent.
Des départs douloureux
Qui n’en finissent plus de brûler les yeux.

Je t’attends toujours.
Même quand tu es là, avec moi.
Tu ne restes jamais assez longtemps,
Pour combler le manque de tes absences.

Ne pars plus.
 
Écrit par Endlessness
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01 mars, 2006,1:07 AM
J’ai le cœur d’enfant qui s’ébat.
Mon cœur d’enfant qui s’agite dans la prison d’adulte. Lentement se referment les portes de grillage rouillé. Le temps grince sur ses pentures et bientôt claquera contre le métal des jours muets.

J’ai le cœur d’enfant qui s’ébat
Des rires comme les rivières éclaboussent les rivages, et mon cœur d’enfant lourd se tient droit tout à côté. Il ne bouge plus, regarde de haut les jeux innocents des nouveaux enfants, s’agrippe aux murs pour ne pas s’élancer vers eux.

J’ai le cœur d’enfant qui s’ébat.
Qui se brise et se recolle sans comprendre pourquoi. Qui se dérègle, déséquilibré, marche sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller l’adulte qui s’endort parfois en lui. Dans la nuit silencieuse, il espère. Une prière d’enfant au Dieu du temps qui se fâche.

J’ai le cœur d’enfant qui s’ébat.
Il frotte les glaciers des jours perdus, tente d’atteindre les moments d’enfance en soufflant sur la glace. Il reste là des jours durant, à regarder au centre les mondes qu’il quitte, inéluctablement.

J’ai le cœur d’enfant qui s’ébat.
Réchauffe son enfance du bout des doigts, laisse couler l’eau comme des secondes sur le sol. J’ai le cœur d’enfant qui redoute, qui refuse, qui ne lâche plus prise. Les glaciers fondent et les souvenirs avec.

J’ai le cœur d’enfant qui se noie.
 
Écrit par Endlessness
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30 janvier, 2006,3:02 AM
Parce qu'elle me fait pleurer, me fait sourire. Je suis en amour avec cette chanson.

No Other Way -=- Jack Johnson

When your mind is a mess so is mine I can’t sleep
Because it hurts when I think when my thoughts aren’t at peace
With the plans that we make and the chances we take
They’re not yours they’re not mine
There are waves that can break.

All the words that we said and the words that we mean
And the words can fall short, can’t see the unseen
Because the world is awake so for somebody’s sake
Now please close your eyes
Woman, please get some sleep.

And know that if I knew all of the answers
I would not hold them from you
Know all of the things that I know
Because we told each other there is no other way.

Too much silence can be misleading
You’re drifting I can hear it in the way that you’re breathing
We don’t really need to find reason
Because out the same door that it came well it’s leaving
It’s leaving...

Leaving like a day that’s done and part of a season
Resolve is just a concept that’s as dead as the leaves
But at least we could sleep, it’s all that we need
When we wake we would find, our minds would be free
To go to sleep.

And know that if I knew all of the answers
I would not hold them from you
Know all of the things that I know
Because we told each other there is no other way.
 
Écrit par Endlessness
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12 janvier, 2006,12:14 AM
La pire solitude n'est pas celle qui nous oppose au monde entier, mais celle qui nous sépare de l’unique être dans tout l'univers aux côtés de qui on ne se sent jamais esseulé.

Parce que maintenant je manque. Je manque tout de toi.
Je suis solitaire effrayée pour la première fois parce qu'il me manque toi.
 
Écrit par Endlessness
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27 décembre, 2005,3:26 AM
Les secondes enneigées se dispersent dans l'air du matin. Il fait froid. L'aurore grise s'est perdue dans un océan amer, la tempête s'échoue au Sud. S'enrage au Nord.

Et moi je tremble, tirée vers les tourbillons immaculés. Des gerçures à mes lèvres brûlent, brûlent du manque de tes baisers. Mon coeur dévoré d'engelures ne demande que toi, fiévreusement, par-delà le souffle des vents.

Nous n'attendons que toi, mon corps frigorifié et moi. Il nous faut le printemps de tes mains pour nous sortir de cette éternelle torpeur, cet hiver trop blanc qui n'en finit plus de nous ensevelir.

Les secondes, comme les flocons, s'attardent, recouvrent l'horizon, aveuglent l'attente pour un instant. Parfois, je crains que le temps ne se soit éteint au milieu de la tempête.

Je t'attends sans cesse.
Toujours.
 
Écrit par Endlessness
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07 décembre, 2005,9:28 PM
Et si on s'envolait, dis-moi ?

L'air est lourd ici. Du plomb plein le ciel et des clous percent les nuages. Tu parles, tu parles et je n'entends que des épées s'effiler, se défier. Je m'emballe, mes pas sonnent sur le sol, sur les barreaux des cages qui recouvrent le paysage.

Je te cherche. Des éclats de soleil ont bondi sur le métal, se sont fichés dans mes yeux. Des larmes de mercure glissent sur mes joues sans laisser de traces. Tu vois, j'ai pleuré les larmes parfaites. N’en resteront que des étangs métalliques sur le sol. Rien sur mon visage.

Mais tu sais, les larmes parfaites sont celles qu’on n’a jamais vues sur un visage. Celles qu’on n’a jamais goûtées sur nos lèvres tremblantes. Celles qui, pourtant, ne s’évaporent jamais.

Parfaites, parce qu’alors elles ne reviennent plus.

Et si on s’envolait, tu crois ?

J’ai vu quelque part des mondes faits d’air et d’espace, des mondes où l’on respire sans qu’il n’y ait au fond de la bouche un goût de métal froid. J’ai vu quelque part des soleils sans douleur qui dorment sur les peaux ambrées, et ne les brûlent jamais. J’ai vu dans ces endroits des sourires de perle et non d’acier, des immeubles de paille qui ne peuvent s’effondrer, de la poussière de mer qui n’étouffe pas, n'irrite pas les voix de cristal.

Des mondes où les larmes parfaites sont celles qui naissent dans un baiser.
Et reviennent pleuvoir au fond des éclats de rire.
 
Écrit par Endlessness
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05 novembre, 2005,11:04 PM
Mes longs silences.

Mes longs silences et mes pattes de chat. Je me faufile entre les heures des nuits éternelles. Je me colle aux aubes navrantes de Rimbaud, m’imprègne de l’enfance de celles d’Hugo. Je laisse couler sur ma joue la tristesse du ciel, la tristesse froide du ciel qui neige sur le monde.

Mes durs silences.

Immobile aux abords de l’existence, j’ai fait un pas de côté pour vous regarder plonger dans l’horizon. La lune se couche sur vos sourires en coin. Je vous observe comme une mère, comme si vous partiez pour l’école, vos sacs plein de bonnes choses que je vous ai préparées. Vous ne reviendrez pas.

Mes silences maternels.

J’ai le cœur élastique. Il vous prend tous, trouve une place à chacun, s’étend sans cesser de sourire. Puis, il vous laisse fondre au fond du monde, claque contre ma poitrine, pince mes sommeils agités. Larmoie vos départs. Vous aime.

Mes silences adorateurs.
Mes longs silences aux pattes de chat.
 
Écrit par Endlessness
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26 octobre, 2005,7:24 AM
Ciel d’octobre, tes yeux tristes m’observent, tes yeux que tant de peines ont décolorés. De la corne sur tes pupilles, Ciel d’octobre es-tu maintenant aveugle ? Et le vent fatigué que tu souffles gémit contre le monde, les larmes que tu échappes parfois s’écrasent avec fracas sur le sol. Ta tristesse est lourde. Pénible.

Ciel d’octobre, ce matin j’ai cru que ton soleil ne se lèverait pas. Fatigué de la brume épaisse à son visage doré, fatigué de l’éclat grisâtre qu’il peine à rayonner. J’ai cru qu’il avait abandonné, qu’il était reparti s’effondrer sous les montagnes, se noyer au fond des lacs, mourir un peu sur les berges des déserts. Ciel d’octobre, je voudrais bien te caresser.

Je voudrais t’enlacer, frémissant entre mes bras, je voudrais te réchauffer. Ciel d’octobre, comme tes yeux sont tristes, comme tes soupirs sont longs et assourdissants. Je ne t’entends plus rire, je ne te vois plus perler délicatement à ma fenêtre, je n’ai plus vu tes merveilleuses danses d’automne au milieu des feuilles, magnifique sarabande tricolore.

Ciel d’octobre, chasse le brouillard de tes prunelles. La couleur manque à nos cœurs endormis. Réveille-nous de notre torpeur.

Rien n’est plus beau qu’une aurore d’octobre.
 
Écrit par Endlessness
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21 septembre, 2005,1:54 AM
Des perles de nuit à ma fenêtre
Pleurent tout au long de mon corps
Et des vents très froids migrent
Sur les feuilles des arbres qu’ils balancent

Et moi je ne dors pas
Je ne dors pas; j’entends l’automne

Je l’entends qui balaie les rues
Jettent dans les bas-côtés les jours humides
Enfouit sous le frimas les pluies d’été
Caresse le ciel et danse dans les rues
















Et moi je ne dors pas
Je ne dors pas; j’entends l’automne

Je l’entends qui peint sur le sol
Ses ombres précoces et capricieuses
Qui s’allongent jusqu’à l’horizon
Et percent des routes jusqu’à la mer

Et moi je ne dors pas
Je ne dors jamais; j’attends l’automne.
 
Écrit par Endlessness
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11 septembre, 2005,1:19 AM
À quand les lunes pâles et les sourires d'océan, à quand les froides nuits rigides soudées au ciel immaculé. À quand les perles de bonheur éparpillées sur la glace des matins de fumée.

Je n'attends plus que la caresse du coton de neige aux abords de la nuit, la somptueuse, riche lumière de l'hiver sur les chemins blanchis, le silence énorme, palpable des tempêtes nocturnes à ma fenêtre embuée.

Je n'attends plus que la froidure des océans de glace, que la tristesse douce émanant de toute cette fausse pureté, l'impression lourde et soulageante à la fois de sentir l'existence en étau sur le corps, comme une prison. Ou un cocon.

À quand les sommeils parsemés d'amples draps bouffants, de lourdes couvertures pesant sur nos corps alanguis. À quand le chocolat chaud brûlant à nos lèvres gercées, à quand les baisers sous la pluie de neige, au bout du froid qui n’en finit plus de souffler.

À quand l’hiver et son odeur d’inertie.

D’immobilité.
 
Écrit par Endlessness
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22 août, 2005,11:57 PM
Qu’on ne me dise pas, à moi, sur quelle éternité je peux danser, sur quelle éphémère étoile je ne dois pas mettre les pieds au risque de tout salir. Qu’on ne me dise pas que le monde se tient au creux de mes mains, minuscule poussière transparente que je menace d’écrabouiller.

Qu’on ne me dise pas, à moi... aux autres, à nous, qu’on ne nous dise pas qu’il n’y plus rien à faire et que le temps s’égraine sous nos yeux abattus. Les seuls yeux abattus sont ceux que l’on a privé de regard sur l’existence qui s’étend. Les yeux battus sont ceux que vous avez écorchés, ceux que vous avez niés. Les nôtres sont grands ouverts et nos cœurs, et nos bras énormes sont postés au bout du monde pour tout rattraper de ce qui coule.

Qu’on ne nous dise pas de rester tranquille et de nous taire. Qu’on n’atrophie pas nos voix qui rugissent et qu’on n’empêche pas nos marteaux de construire des échafauds jusqu’au ciel, qu’on ne retienne pas nos mains occupées à construire, simplement parce qu’un jour, quelqu’un a dit : « Il est trop tard ».

Qu’on sache que nous ne renoncerons jamais. Nos yeux s’embrasent et nos mains se cramponnent. Laissez-nous les âges que vous avez assombris. Nous trouverons un nouveau soleil avec lequel nous éclairer.

Qu’on ne me dise pas, à moi, que plus rien n’est possible.
Me battre, c’est refuser.
Accepter, c’est mourir.
Mourir trop tôt.

Moi, j’existe dans le refus jusqu’au dernier combat.
Qu’on ne me dise pas, je n’écouterai pas.

Qu’on ne vous dise pas, à vous, ce qu’il faut faire pour perdre.
N’écoutez pas.
 
Écrit par Endlessness
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10 août, 2005,2:47 AM
C’est ta peau tout contre la mienne, la chaleur de ton souffle à mon cou dénudé, l’affolant désir de me fondre à toi tout comme s’infiltre la pluie sur les champs qu’elle désaltère.

C’est ta voix qui gronde tranquillement, tonnerre passionné qui ne laisse aucune crainte au fond du cœur, mais une fine couche de douceur aux parois de l’être, une vibration puissante qui empoigne ma poitrine.

Et la caresse.

C’est ton odeur sauvage, suave qui flotte sur nos corps emmêlés, effleure mon nez enfoui dans la rugosité de ta joue à peine hérissée. Ton odeur à la fois sucrée et amère, bestiale et délicate, celle-là même qui te définit.

C’est ta main énorme sur la mienne minuscule, protectrice et apaisante. Ta main gigantesque dans mes cheveux défaits, au bord des matins pluvieux. Ta main immense sur mon ventre ardent, qui trace les contours de mon corps comme on dessine des montagnes.

Ce sont les mots que tu utilises, que tu manipules doucement, que tu déverses avec amour à mes oreilles offertes. Ces mots de raisons, ces mots de passions, ces mots de froides réalités comme ces mots de vents du Suroît qui dansent et s’entremêlent à la perfection, s’équilibrent.

Se complètent.

C’est ce que nous sommes ensemble. Ni trop de passions, ni trop de raison. Ni trop d’espoir, ni trop de peurs. Ni trop de confiance aveugle ou d’irraisonnables attentes. Juste assez pour construire un abri où nous aimer.

Parfaitement.
 
Écrit par Endlessness
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05 août, 2005,12:53 AM
Le silence du silence s’étend, traverse la barrière de lune au sol de la nuit, glace tout mon être immobile. Des poussières de temps se détachent, lentement, gonflent l’air humide que j’ai peine à respirer. Ton absence palpite mieux encore que mon cœur comprimé, et je ne sais plus si je scrute la noirceur du dehors ou le vide que tu as créé, je ne sais plus si je compte les heures ou le temps incertain qui s’échappe de nous séparés.

Et je t’aime. Je t’aime, j’ai peur.

La lune scalpe les monts de la nuit dans sa danse délicate, imperceptible. Elle pleut sur le chemin bariolé de tes traces, enrobe ton départ et le montre du doigt. Mais ne pointe pas où tu te trouves. Où que tu sois

Et je t’aime. Je t’aime, je ne comprends pas.

Statue de marbre au milieu de la fenêtre, j’ondule au rythme de mes tremblements. Je plonge au milieu des images de ta peau en lierre sur celle d’une autre, je me noie dans l’eau vaseuse où, peut-être, tu t’enfonces, je me perds dans les morceaux de métal qui roulent encore autour de ton corps abandonné. Je ne sais plus, j’imagine tout.

Et je t’aime. Je t’aime, respecte-moi.

Explique-moi.
 
Écrit par Endlessness
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15 juillet, 2005,1:53 AM
Une berceuse d’étoiles dans le vent de la nuit, douce douce musique emmêlée à nos cheveux. Mélodie de lune qui caresse notre peau d’écailles, laisse des sillons de rêves le long de nos bras affaiblis.

Tes lèvres sifflotent le même air, soufflent la même brise durant la nuit entière, toute la nuit que nous ne dormons jamais, occupés à se regarder vivre en silence. Les heures brumeuses se déposent à nos pieds, soulèvent la poussière des matins timides. Embrasent la distance de nos voix qui portent à peine nos mots enflammés.

Bientôt je tendrai la main et atteindrai la tienne.
Je cueillerai l’étoile que j’ai tant désirée.

J’atteindrai l’astre de mes rêves ensommeillés.

J’en ferai l’astre de mes rêves devenus réalité.
 
Écrit par Endlessness
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09 juillet, 2005,12:48 AM
Il faut avoir vécu avant d’écrire.

Il faut avoir vu le soleil percer le brouillard d’un matin boudeur, avoir aperçu un rayon de sa lumière traverser l’espace pour caresser la joue d’un enfant endormi dans le brouhaha de ses couvertures. Il faut avoir senti l’odeur de la pluie sur l’asphalte, étrange fragrance amère qui contient en elle mille souvenirs d’enfance et mille désirs de fuir, de voyager, de découvrir le monde. Il faut avoir savouré la soupe la plus parfaite au monde dans un minuscule restaurant de campagne, celle pleine de morceaux de légumes tendres et parfumés, relevés d’origan, de cumin, de sel de mer.

Il faut avoir vécu avant d’écrire.

Et il faut vivre encore, encore plus, toujours plus. Chercher de nouvelles sensations, goûter de nouveaux plats. Se dépayser. Il faut quitter sur un coup de tête et traverser des forêts inconnues, rencontrer des gens et les aimer, puis les laisser s’éloigner, puis les aimer toujours même dans leur absence. Il faut vivre pleinement les déchirures, les plaisirs, l’amertume des jours ennuyeux. Les prendre à pleines mains, les pétrir, les sentir couler entre les doigts, coller à la peau, imbiber l’être.

Oui, il faut exister. Être au monde, s’y donner, s’y offrir comme un sacrifice.

Il faut vivre avant d’écrire.
C’est alors que vivre pour écrire vous empoigne.
Et vous complète.
Merveilleusement.
 
Écrit par Endlessness
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16 juin, 2005,8:04 PM
Et le monde tout autour qui oppresse, pèse sur le corps et palpite comme la mer des temps de colère. L’affolement des yeux qui ne voient plus mais cherchent tout de même un appui impossible à discerner, le regard fixé si loin à l’intérieur, si loin où la réalité de l’existence perd pied et ne se retrouve plus.

Les doigts crispés, la chair des os qui craque sous la force des muscles paniqués, la main entièrement donnée au mouvement arrêté, saisie au beau milieu de la grâce qu’elle aurait dû offrir. Main de béton, véritable lierre de peau autour du téléphone.

Qu’un instant, un instant de ta voix qu’on entend par-dessus la vie qui coule, qui continue de couler, qui a tant coulé après toi. Après toi et tout ça, et ta voix qui perce tout à coup cette toile que j’ai pris si longtemps à étendre sur le passé, que j’ai pris tant de soin à étirer jusqu’au futur pour qu’il ne reste plus que des cendres de tes mots sous la blancheur de mes jours.

Qu’un instant de ta voix pour tout secouer, salir, qu’un petit mot et déjà un nuage gris gonfle et j’étouffe, je tente de chasser la poussière de mes poumons agressés, je suffoque. Je dis oui.

Je dis toujours oui parce que j’ai peur. Que j’ai mal.
Parce je cherche à respirer à nouveau.

Oui comme un hoquet, pour aspirer brusquement. Oui comme un coup sur l’abdomen pour expulser la boule au fond de la gorge qui bloque tout.

Oui. Qui veut dire non.
Non plus jamais. Non va-t-en. Non je ne peux pas.

Oui.
Respire.
Oui je veux bien.
Expire.
 
Écrit par Endlessness
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14 juin, 2005,6:54 PM
On a plus perdu quand on a perdu sa passion que quand on s'est perdu dans sa passion.

- Kierkegaard

La passion.

Voilà ce qui m’habite lorsque j’écris. La passion rageuse qui secoue tout sur son passage, qui tord l’estomac et picosse le cœur. Le sentiment de tenir l’existence entre mes mains me pousse à écrire avec urgence, presque avec affolement, dans la peur de l’échapper, de la briser et de ne plus me souvenir à quoi elle ressemble.

C’est la passion de dire, qu’importe ce qu’il y a à exprimer, tant que les mots s’agencent pour supporter le propos. Tant que les phrases coulent au fond du gosier comme de l’eau glacée lors d’une journée chaude et humide. Je veux frissonner, et empoigner tous les autres pour qu’ils frissonnent avec moi, qu’ils pleurent, qu’ils rient à mes côtés.

Oui, la terrible urgence d’écrire parce qu’il me faut partager, coûte que coûte. Il me faut graver pour ne pas qu’on oublie, mais qu’on oublie quoi ? Les erreurs ? Les rêves ?

Pour ne pas oublier d’exister, voilà.

J’écris pour cristalliser les moments qui s’échappent si rapidement, j’écris pour les examiner à nouveau, les revivre, me souvenir de la douceur, de la douleur, de la peur, de tout ce qui accompagnait les secondes qui s’égarent et disparaissent.

Parce que c’est cela exister.
Et que je veux exister, malgré le temps qui passe trop vite.
Malgré la vie qui s’écoule inexorablement.

J’écris pour vivre jusqu’au bout.
 
Écrit par Endlessness
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10 juin, 2005,3:12 AM
La brise de tes lèvres à mon cou se dépose. S’irise ma peau sous l’ombre de tes mains effacées. Et même l’absence de ton être à mon corps s’étiole.

Puis s’étoile.

S’envole.

La musique de ton absence vibre au creux de ma chair, minuscule fil que retiennent nos voix à peine chuchotées. Ton absence, au bout du monde, puis juste à mes côtés. Repart et s’évapore jusqu’à me déboussoler.

Tu n’es plus là. Mais je te cherche. Je te touche.
Et enfouis mon corps frissonnant au fond de tes bras.

Qui ne sont plus.

Silhouette embrumée que dessine ta douce voix, je me laisse prendre et m’engouffre, me retrouve au-delà de toute logique et me berce à ton corps émietté. Je me perds. Je chute. Trouve réconfort dans les mots que tu souffles. Je m’étiole à te savoir si loin.

Puis m’étoile.

M’envole.

J’attends. Que tu sois.
Quelque part.
Où je suis.

Ma peau s’irise en ta nuit d’étincelles.
La même nuit que nous partageons.

En étoile.
 
Écrit par Endlessness
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06 juin, 2005,12:38 AM
Mon être dispersé
Étalé sur les plaines de l’existence
Enfoui dans les cavernes profondes
Mon être en morceaux a neigé sur toutes les contrées

Je m’échappe
Laisse des traces
Pleines de ma poussière

Je me répands
Sans savoir
Occupée à vouloir être
Quelqu’un d’autre

Mon être comme de l’eau
Coule de moi
Traverse entre mes doigts

Incapacité d’être
Unie barricadée précisée

Je pleux sur le monde

Je ne sais plus où me chercher
 
Écrit par Endlessness
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29 mai, 2005,2:31 PM
L’écrivain est un être égoïste.

Il écrit tout d’abord pour lui. Pour se dire. Pour dire aux autres ce qu’il est, ce qu’il vit, comment il existe, comment il sent, touche, voit, entend. Il écrit pour s’exiler dans des mondes qu’il crée de toutes pièces, il écrit pour lire à mesure qu’il invente. L’écrivain est égoïste parce qu’il ne pense qu’à lui, qu’au profond lui-même avant de penser aux autres, avant de vouloir divertir, approfondir ou même apaiser les autres.
Il recherche l’attention, la sympathie.
La compréhension.

Le lecteur est un être tout aussi égoïste.

Il lit tout d’abord pour se trouver au fond des mots étrangers. Il lit pour se comprendre, pour se voir d’une autre façon. Pour se sentir moins seul. Il lit pour s’exiler, lui aussi, dans un monde où il pourrait se sentir existant, où il pourrait se chercher et s’entrevoir au bout d’un personnage similaire à lui. Le lecteur ne cherche pas à comprendre l’écrivain : il cherche à voir si l’écrivain a bien su parler de lui, et de lui seul. Il quémande des réponses à ses questions, des refuges où s’abriter, des miroirs où s’observer.

Oui, l’écrivain et son lecteur sont tous deux des êtres égoïstes. Mais ce n’est pas mauvais, ni triste, ni pathétique. Un livre est un trésor qui satisfait chacun. D’un côté, il dit pour l’écrivain, de l’autre il comble les attentes du lecteur en se conformant à ce qu’il y cherche. La beauté de l’œuvre ne réside pas en ce qu’elle est un partage, mais en ce qu’elle s’adapte et prend mille formes, mille raisons d’être et d’appartenir au monde. Elle n’est ni immuable, ni éternelle, ni absolue. Elle est celui qui la tient entre ses mains, étrange déesse qui se morphe au gré des désirs.

Tant pis si je suis une écrivaine égoïste : vous êtes des lecteurs tout aussi égoïstes.
Et c’est comme ça que nous arrivons à nous aimer.
 
Écrit par Endlessness
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22 mai, 2005,11:55 PM
Et mon corps à moi fait mal.

De la brume plein les images qu’on avait de nos désirs, de nos soupirs chargés d’envie. De l’encre tache les mots que l’on croyait solides. Ils ne savent pas nager. Nous aurions dû le savoir.

Nous ne savons pas nager non plus, dans la mer de nos peurs.

Et mon corps à moi fait mal, mal. Mal.

Il grince et je ne t’entends pas, tu parles si faible, faible faible au fond des murmures de mon corps qui frissonne. Je voudrais souffler sur la fumée de nos doutes, je respire et j’étouffe, je respire sans comprendre. La mer. La mer de nos peurs et je m’y noie.

Et mon corps à moi fait mal. Qu’est-ce que je peux y faire ? Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse. Mon corps à moi fait mal et c’est pas ma faute.

La douleur des autres, qu’est-ce que ça change.
Qu’est-ce qu’on y fait.

Qu'est-ce qu'on s'en éloigne...
Pas vrai ?
 
Écrit par Endlessness
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12 mai, 2005,4:18 AM
Et j'ai saisi les mots qu'on ne se dit pas, ceux que l'on emprunte au monde parce que notre langue ne sait plus, ceux que l'on se partage sans connaître, que l'on explore pour se rencontrer tout au milieu de la parole. À mi-chemin de toi, mi-chemin de moi.

Des moitiés d'univers que l'on recolle. Recompose.

Toi et ta langue qui roule, déroule, ta langue de ruisseau sur les galets polis, ta langue qui crache juste un peu, un petit peu comme pour dire qu'elle est là. Ta langue de mauvais souvenirs que je n'ai jamais vécu, d'autorité et de mur qui s'effondre, de dictature et de drapeau rouge. Ta langue trop souvent bafouée d'être si gonflée d'effroi, mais si belle, rauque et aux tambourinement de mots. Ta langue est un coeur qui bat et qui déboule, qui aime si fort qu'il s'emporte.

Moi et ma langue qui glisse contre la peau, qui s'imprègne des brises d'été. Ma langue de Rome qui a refusé la chute, ma langue qui s'étend jusqu'au bout de la mer et berce, et caresse, coule contre le visage et s'accroche aux lèvres. Ma langue autrefois universelle, hautaine, sévère, maintenant toute douce et effacée. Ma langue est une fine pluie nocturne qui perle sur le sol.

Chacun une langue et pourtant, c'est dans la plus froide que l'on se rencontre, que l'on s'échange, même si parfois les mots manquent, les trous s'étendent, qu'importe. Cette langue de réclamation, directe et exigeante, cette langue toute simple qui aime claquer au vent comme un drapeau - rouge, blanc, bleu d'étoiles -, cette langue de coups de feu, d'efficacité, de rapidité.

Cette langue en laquelle nous ajoutons la nôtre et la rendons plus lente, plus roulante, plus personnelle. Celle que l'on parle sans vraiment la posséder, sans l'habiter parce qu'une autre nous appartient déjà. C'est au bout de cette langue déformée que nous tendons la main, chacun dans l'absence de ce mot de notre propre pays qui ne trouve d'équivalent, chacun dans la création incessante de chemins vers lesquels se rejoindre.

Et qu'importe. Ta langue, ma langue, la langue.
Au centre, juste au centre, nous avons su nous atteindre.
Jusqu'à ne plus savoir parler.

Nous n'avons alors qu'à nous regarder pour tout nous dire.
 
Écrit par Endlessness
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10 mai, 2005,6:03 PM
Qu’importe ma passion, celle qui coule d’encre, s’abreuve de papier et de mots infiniment longs. Qu’importe cette passion qui pousse en mon corps pour fracasser les structures de mon être. Qu’importe cette impression de famine, d’urgence, d’indicible douleur à vouloir trop écrire, sans s’arrêter jamais.

Peu importe le gémissement de mon corps qui grince et les nuits arrogantes qui ne me laissent plus dormir, qui m’hypnotisent et font débouler des centaines de mots dans ma tête. Qu’importe tout cela parce qu’au bout du compte, rien ne m’appartient une fois au monde.

Je suis enceinte de milliers de mots que je nourris quelques temps, auxquels j’enseigne avec patience l’ordre et la grâce. Je suis mère d’innombrables textes que je laisse partir, les yeux en marée, que je regarde me quitter tranquillement pour grandir au fond des autres.

Mes enfants ne m’appartiennent pas, mes enfants d’encre que j’ai su mouler à mon être, auxquels j’ai tout donné de mon sang, de ma chair, de ce qui me forme et me différencie. Mais je dois les laisser aller.

Ils ne m’appartiennent plus une fois libérés de l’emprise de ma voix intérieure, une fois bercés sous mes doigts bien serrés, une fois habillés de grains de papier, de rivières de plomb. Et qu’importe ce que je suis, après tout.

Hors de moi, ils appartiennent aux autres.
 
Écrit par Endlessness
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27 avril, 2005,2:48 AM
De longues caresses ont chassé l’incertain de nos yeux*, et dehors coulait le monde dans les rues où nos pas s’effaçaient. La fenêtre fondue à notre instant, je crois que sur le sol, nous avons tout répandu de nos mots glacés. De longues caresses ont soigné notre peau meurtrie, rapiécé les déchirures de nos coups de lames emportés.

De longs silence ont bercé nos étreintes timides, et s’il n’y avait pas eu cette suffocante mélancolie, s’il n’y avait pas eu cette impression de triste beauté de l’existence à pardonner, sans cesse, pardonner pour se retrouver au bout des chemins déviergés, s’il n’y avait pas eu cette survivante larme accrochée au creux de ta phalange, je me serais enfuie, drapée de notre refus, mon être en écharpe flottant derrière ma peau évidée, je me serais enfuie parce qu’il y avait quelque part dans cet instant de rattachement le vide de nos détachements, l’abysse où gît tant de nos efforts à construire un monde au-dessus d’un canyon.

Mais de longs soupirs ont délesté la souffrance, brise saccadée, secouée des restes de nos feulements menaçants. Nos lèvres se sont assoupies, agrippées l’une à l’autre dans un éternel effleurement.

Dehors, de longs déluges ont recouvert l’empreinte de notre ancienne passion, et nous nous sommes endormis l’un dans l’autre en ne pensant plus qu’à soi, chacun seul avec son cœur barbouillé.

Éclaboussé.







* J'ai écrit ce texte à partir de cette phrase en italique de Suzanne Joly trouvée dans Une incise de ciel bleu
 
Écrit par Endlessness
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,2:00 AM
Let's fall.

No doubts, no worries, only the wind on our face, the world swirling,
dissolving around us, the sky upside down and the shivers of the stars
caught in our hair. Let's fall like nothing could happen, trapped in a
timeless, breathtaking dive into existence, let's abandon our bodies
to the moon entangled on the night.

Let's fall.

Hold my hand and never let me go. The ground won't look so hard, won't
come so fast, won't crush my body if you grasp me in your arms, if you
clasp me, embrace me. The vanishing landscape won't look so menacing,
defying, the world won't look so confining, suffocative if I can get
lost in your eyes. Don't let me go.

Let's fall.

Let's not care about what will happen if we reach the land, if we get
lost on our way down, if we lose control and stumble on the harsh
clouds. It may snow on us and we may get frozen, it may rain and we
may be submerged, wind may disperse us, but let's not care.

Let's fall.

Let's dive. Let's cease the space we never discovered, never conquered
because we were too scared, too weak, too young. Let's make this
expanse our land, our country, our house. Let's build our world in the
unknown, and make it our own.

Let's fall, because we may have wings.
Because we may spread them.

Let's fall because we may fly.
 
Écrit par Endlessness
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26 avril, 2005,3:47 AM
Le temps est fait d’océan qu’on survole de nos doigts frémissants, parcourus de fines marées qu’on ne sait retenir. Le temps est fait d’écume bouillonnante incrustée de perles d’effroi, d’algues-lierres qui s’agrippent aux chevilles et plonge au bout des désertiques plages.

Le temps est fait d’éternels soleils qui ne disparaissent jamais, s’enroulent autour du monde et le compriment, l’étreignent, l’aiment trop. Le temps est fait d’étoiles qu’on ne compte plus, d’étincelles faiblissantes qu’on ne remarque plus, d’amères noirceurs aux couleurs affables.

Le temps est fait de chevauchements sur les plaines inhabités, de liberté inconditionnelles aux brides en cascade, de brises suaves dont on reconnaît les effluves : terre mouillée, fleurs écarlates et bestiale présence. Le temps est fait de forêts, de champignons sauvages, d’ombres douces à peine allongées, de fabuleuse tristesse de vivre, mais de n’exister jamais assez.

Le temps est fait de bulles de savon qui s’envolent et qu’on éclate, de rires d’enfants qui brisent les miroirs de notre austérité d’adulte. Le temps est fait de millions d’éclats du passé, kaléidoscope de mémoire tranchée, disséminée, rapiécée.

Le temps est fait de chacun de nos infimes gestes, du tremblement furtif de nos lèvres jusqu’à la course effrénée vers des endroits futiles. Le temps est fait de chacun de nos regards que croise celui des autres, de chacun de nos sommeils plumés, trop légers pour durer, de chacun des mots prononcés même s’ils n’avaient pas leur place, de chacun de nos souffles brisés sur le sanglot des pertes.

Le temps est fait de chaque grain de peau.
Chaque battement de cils.
Chaque frisson.

Chaque instant de notre corps au monde, tout au monde appartenant.
 
Écrit par Endlessness
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